Sonner Bell pour les 15 ans des Fringants

Les Cowboys fringants promettent un gros, gros party du 31...
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les Cowboys fringants promettent un gros, gros party du 31...
Jérôme Dupras précise: «Deux semaines avant de partir en France, on se trouvait un peu fous. Risque énorme, quand même. C'est pareil là-bas qu'ici, dans le contexte économique chancelant, avec la paranoïa de la grippe A(H1N1); on voyait bien que les autres artistes faisaient des moitiés de salles. En plus, on n'avait fait aucune entrevue. Et on n'avait pas vendu beaucoup de disques à l'avance, pour toutes sortes de raisons techniques.» Pauzé renchérit: «On aurait vraiment pu se planter.» L'indéfectible noyau dur des «cousins fringants», ces fans finis de la zone euro, agents propagateurs sur Internet, garantissait le minimum vital de places assurées, pas plus. Encore une fois, dans le silence radio le plus total, sans le moindre appui des médias écrits (à quelques entrefilets près), c'est le bouche à oreille qui a fait le travail. «Ç'a marché, au point où, pour la première fois, c'était rentable, s'étonne encore Dupras. On est vraiment des ovnis dans le système...»

Et pas seulement de l'autre côté de la grande mare. «C'est quand même encore un gros pari de refaire le Centre Bell, souligne Marie-Annick Lépine. Y a pas grand monde qui remplit ses salles au Québec ces temps-ci, à part Martin Matte quand il est en forme.» Pauzé relativise: «Ce sera pas la configuration Elton John, comme en 2006, à 22 000 spectateurs avec les gradins pleins jusqu'en arrière de la scène.» Le dispositif scénique sera à peu près celui du Zénith de Paris: gros décor en fond de scène, éclairages qui en jettent. Et quelques milliers de places en moins dans l'équation. «Ça rend l'affaire plus réaliste, et en plus ça permet d'habiller le show à notre goût», ajoute Pauzé. «On n'a pas de troupe de danseurs, intervient Karl Tremblay. On est cinq danseurs et une danseuse nous-mêmes, mais pas chorégraphiés.» Rigolade en écho dans le Gym.

Marie-Annick a des étoiles dans les yeux quand elle évoque le Centre Bell de 2006. Exprès, les étoiles. Rapport aux allumettes, briquets et téléphones cellulaires allumés pendant Les Étoiles filantes. «Je pleurais. T'es sur scène, c'est pas comme jouer dehors l'été, ça t'entoure, c'est partout où tu regardes. Et tu te dis qu'il faut que t'en profites fort, fort, parce que tu sais jamais si ça va être la dernière fois de ta vie, quelque chose d'aussi fabuleux. Tu sais jamais, d'un disque à l'autre, si les gens vont suivre.»

Mais ils suivent. Au moins sept-huit ans qu'ils suivent, au moins depuis la sortie de Break syndical, en 2002. C'est-à-dire la moitié des 15 ans d'existence du groupe: c'est en effet sur le coup de minuit, le 31, que la 15e année fringante démarrera et le cadeau anniversaire suivra, les Cowboys promettant de revisiter leur répertoire première époque jusqu'aux petites heures. Rebonjour Maurice Galarneau, Maurice au bistro et La Gosse à Comeau! Le Grateful Dead, leur dis-je, a déjà joué au Fillmore de San Francisco jusqu'à l'aube. «Les solos étaient plus longs dans ce temps-là», commente Pauzé, qui enchaîne sans pause: «La première fois au Centre Bell, en 2003, c'est juste si on s'en souvient, on était trop nerveux. On avait été propulsés là, pas trop prêts.» Dupras rigole: «JF s'est présenté au Centre Bell avec un ampli de 15 watts. Ridicule... On n'avait pas de roadies, rien.»

Ce coup-ci, avec les millions qu'ils ont amassés depuis, Les Cowboys fringants vont débarquer au Centre Bell avec 12 semi-remorques et la pyrotechnie de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Vancouver en avant-première: ça va prendre une semaine à monter, minimum, tant pis pour les Canadiens. Eat your heart out, U2. À peu près ça, quoi. «On n'aura pas 12 invités ni de feux d'artifice, ajoute Tremblay, souriant largement. Mais ça va être un gros, gros, party.»