Karina Gauvin sur les traces de Mozart

Le premier disque québécois qui nous est arrivé en cette rentrée affiche le sourire de notre soprano vedette: il s'agit d'un regroupement d'airs d'opéra de Nicola Porpora, compositeur napolitain et pédagogue reconnu un peu partout en Europe (Londres, Dresde, Vienne, Venise) dans la première moitié du XVIIIe siècle. À Vienne, il eut pour élève Haydn, qui reconnut en Porpora son principal mentor.

Enregistrer un disque Porpora, ce n'est pas rentrer dans un magasin, acheter des partitions et aller les étudier tranquillement chez soi. La réalisation de ce disque a exigé des recherches musicologiques importantes. Six des dix airs du CD sont des premières mondiales. La tâche est lourde: «Comme je fais beaucoup de musique baroque, je suis souvent en apprentissage et c'est très fatigant. Il faut une capacité d'assimilation très rapide. Pour le moment, je contrôle bien les choses afin d'avoir le temps d'absorber les nouvelles partitions. Je refuse évidemment des projets pour garder ce contrôle.»

L'idée d'un disque Porpora avec Alan Curtis remonte à loin. Des musicologues, dont l'un basé à Winnipeg, y ont travaillé avec acharnement. «Nous avons reçu beaucoup de fragments, fait le tri, déchiffré des pattes de mouche. On a vraiment épluché beaucoup de choses... » Une fois le choix effectué, Alan Curtis a fait réaliser une édition claire pour l'enregistrement. Parmi les bijoux de ce disque, enregistré en Italie dans une salle à l'acoustique hélas très sèche, Karina Gauvin cite l'air de Fulvia de l'opéra Ezio. Chose intéressante: vient de paraître il y a quelques mois un autre Ezio, celui de Haendel, postérieur de quatre ans à celui de Porpora. Dans cette intégrale, publiée par Archiv Produktion, Karina Gauvin chante aussi le rôle de Fulvia.

Le chemin vers Mozart

Karina Gauvin a encore plusieurs projets discographiques avec Alan Curtis, notamment, en décembre, l'enregistrement de l'intégrale d'Ariodante de Haendel, en compagnie de Joyce DiDonato, et, en avril, un projet autour de Donna Leon.

Pour développer sa carrière, Karina Gauvin a un agent à New York et un autre à Paris, ce dernier spécialisé dans la musique baroque. Avant La Flûte enchantée à Montréal, elle retournera en Europe pour Rinaldo de Haendel, avec Ottavio Dantone, au Théâtre des Champs-Élysées à Paris. Ensuite, elle espère se tourner de plus en plus vers Mozart. «Je reste très présente au Québec pour travailler La Flûte enchantée. J'avais des offres en Europe, que j'ai refusées pour me consacrer au rôle de Pamina», nous dit la soprano. Il y a là un vrai enjeu et défi: «Je souhaite que ma carrière s'ouvre plus aux rôles de Mozart; je pense que j'ai la voix pour cela et j'aimerais qu'on me connaisse pour autre chose que pour la musique baroque.»

Dans son collimateur, on trouve les rôles de Fiordiligi dans Così fan tutte, la comtesse des Noces de Figaro, Pamina dans La Flûte enchantée et Donna Anna dans Don Giovanni. Dans d'autres répertoires, Karina Gauvin se laissera voguer au gré des propositions qui lui arriveront. Elle espère que le disque des Illuminations de Britten, enregistré pour ATMA, intéressera des programmateurs qui la voient encore trop avec des oeillères baroques. Ce disque paraîtra en avril.

Les deux ou trois prochaines saisons seront déterminantes pour définir les nouvelles voies que Karina Gauvin souhaite ardemment emprunter.

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Viennent de paraître:

Porpora: Arias. Il Complesso Barocco, Alan Curtis. ATMA ACD2 2590.

Haendel: Ezio (intégrale). Ann Hallenberg, Sonia Prina, Il Complesso Barocco, Alan Curtis. Archiv 3 CD 477 8073.