Jazz & Blues - De l'amitié, du blues et de Jean Derome

C'est une histoire d'amis, de longue date évidemment, qui ont tout vu, tout entendu, et surtout tout joué. Entre l'enseignement, on s'en doute, de la musique, les sessions d'enregistrement, l'accompagnement de Robert Charlebois ou de Paul Horn ou la production d'albums de jazz, nos cinq bonshommes veillent à leur plaisir et au nôtre. De-que-cé? Le blues, avec une inclination particulière pour celui des champs et donc moins pour celui des villes.

Ils s'appellent Gilles Schetagne, batteur, Marco Desgagnés, bassiste, Laurent Trudel, chant, harmonica, guitare, banjo et violon, Vincent Beaulne, chanteur, guitariste, qui jongle également avec les cordes de la Daddy Mojo Scarecrow Slide Guitar. Qui d'autre? Dave Turner, grand altiste devant l'Éternel et fier saxophoniste baryton que les habitués du Upstair's connaissent bien. Ensemble, ils forment Blues Delight.

Le 10 septembre prochain, ils occuperont la scène du Lion d'Or. Prix du billet? 20 $. Au vu (sic) de leurs talents, mettons que ces 20 $ constituent un excellent rapport qualité/prix. À preuve, le deuxième disque qu'ils vont décliner live dans moins d'une semaine. Signe particulier, très particulier, Open all Night, c'est le titre, est fait uniquement de compositions originales. Elles sont toutes signées Vincent Beaulne. Pour cela, on l'en remercie. Deux fois plutôt qu'une.

Musicalement, ce que Beaulne et ses complices accomplissent est plaisant, très plaisant. Agréable. D'autant plus qu'il se dégage du tout passablement de légèreté. En clair, ils ne sont pas lourds, pas balourds. Chacun maîtrise tant son instrument qu'il joue pour l'autre. Mathématiquement, on pourrait dire que c'est «un plus un égale deux», même si c'est un qui joue pour deux.

Écouter Blues Delight, c'est entendre les blues paresseux de la Californie fondus dans les blues chaleureux du Texas, le tout avec les accents qui planent au-dessus de Nashville et surtout de l'État du Mississippi. Mettons qu'ils sont moins Chicago que West Coast et plein Sud. Qui plus est, Blues Delight a ce quelque chose de très chouette: l'humanité. Oui, leur blues est celui de l'humanité. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter Traveling Kind.

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C'est une autre histoire d'amitié. Celle-ci si longue qu'elle unit le grand Stephen Barry au fin Andrew Cowan depuis une quarantaine d'années. Il y a un an de cela, ces deux messieurs avaient sorti un album fabuleux de bout en bout paru sur étiquette Productions Bros. Si aujourd'hui on évoque ce duo, c'est qu'il joue au Nouveau Griffin Town situé rue Notre-Dame, à l'ouest de la rue Guy, à l'est d'Atwater. Soit dit en passant, le lieu en question est aussi un restaurant au menu sympathique et peu cher.

Toujours est-il que Barry et Cowan jouent du Bob Dylan et du Mose Allison, du Walter Jacobs et du Stephen Barry, du Paul Butterfield et du Andrew Cowan, du Robert Johnson et du Lonnie Johnson avec une décontraction d'autant plus salutaire que la séduction opère à tous les coups. Il faut vraiment les voir, les entendre, pour ainsi réaliser que ce duo est unique, suave, essentiel. Détail économique important, variable financière à retenir: c'est gratuit. C'est free comme dans I Feel Free.

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Du blues sautons dans la mare du jazz libre, vivifiant, iconoclaste, déroutant, drôle et autre sur laquelle navigue l'immense Jean Derome. Le mardi 8 septembre, l'altiste des profondeurs, le baryton au long cours, sera à la tête de ses Dangereux Zhoms à la Sala Rossa, sise au 4848 du boulevard Saint-Laurent.

Les dangereux oulipiens s'appellent Pierre Cartier à la contrebasse, Gordon Allen à la trompette, Guillaume Dostaler au piano, Bernard Falaise à la guitare, Nadia Francavilla au violon, Lori Freedman aux clarinettes, Joane Hétu au chant, Jean René à l'alto, Pierre Tanguay à la batterie, Martin Tétreault au tourne-disques et Tom Walsh au trombone. Signe particulier? Derome n'a pas son pareil, avec cette formation, pour faire des clins d'oeil à Georges Pérec ou à Raymond Queneau, le grand satrape devant l'Éternel, tout en ponctuant musicalement le tout à l'enseigne de l'aventure. Celle synonyme de surpriseSSS.

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Le dernier numéro de JazzMan vaut sincèrement son prix (10,73 $ avec taxes). Parce qu'il combine des entrevues avec Hank Jones, le pianiste de Charlie Parker, de Billie Holiday, de Joe Lovano et de Charlie Haden, ainsi qu'avec Sonny Rollins, réputé être peu bavard. De l'entretien avec ce dernier, on a retenu ceci: «Je me considère aujourd'hui dans un work in progress. J'espère qu'un jour j'atteindrai un niveau qui me permettra de présenter ma musique de manière plus satisfaisante.» Bonté divine! Celui qu'on surnomme Newt a 79 ans. Et ça fait, 60 ans qu'il satisfait le monde. Que cherche-t-il de plus?