La 17e Grande Rencontre - Francine Brunel-Reeves, un trésor national

Une image tirée du documentaire Tant qu’il reste une voix, de Jean-Nicolas Orhon.
Photo: Une image tirée du documentaire Tant qu’il reste une voix, de Jean-Nicolas Orhon.

Chanteuse, guitariste, calleuse et chercheuse indépendante, Francine Brunel-Reeves est la grand-mère de la musique trad: une personnalité aux multiples facettes qui navigue également depuis 40 ans dans le monde de la chanson d'auteur. Mais, sur un air connu, elle demeure fort mal connue du grand public d'ici. Voilà pourquoi elle reçoit cette année le trophée Aldor du festival La Grande Rencontre. En plus, le documentaire Tant qu'il reste une voix, qui retrace son itinéraire, est projeté samedi au centre Calixa-Lavallé.

Si Francine Brunel-Reeves a toujours chanté, son parcours professionnel commence en 1969 en France, où elle s'est installée avec son mari de l'époque, un certain Hubert Reeves. «J'ai commencé dans les Hootenanies au Centre américain de Paris. Pour chanter là, on avait qu'à donner notre nom et durant la soirée, on nous appelait à tour de rôle.» Plusieurs s'y sont fait un nom. On pense à Alan Stivell et aux Trois Ménestrels.

Francine Brunel-Reeves s'y fait remarquer, pénètre progressivement le milieu revivaliste français, mais s'intègre également au réseau des boîtes à chanson du quartier Mouffetard, un quartier des pauvres reconnu pour ses cabarets «rive gauche» et la pléiade d'artistes qui s'y feront une renommée: Higelin, Areski-Fontaine, Jacques Bertin, Gérard Pierron et consorts.

Au sein de cet important bastion de la chanson française, Francine Brunel-Reeves porte, entre autres, la parole québécoise, interprétant Félix, Vigneault et Léveillée, mais se donnant également la mission de faire connaître des artistes moins connus comme Marie Savard. «J'étais une chanteuse indépendantiste et socialement très engagée», précise-t-elle.

En 1974, elle se lance dans l'animation de veillées québécoises. Elle reprend l'art du call et devient la première Québécoise à faire connaître la musique trad en France. Elle crée le groupe qui deviendra Les Maudzits Français, et dont l'aventure se poursuivra jusqu'à son retour au Québec en 1991.

«J'ai commencé à faire cela sans avoir connaissance du revivalisme québécois. J'étais très isolée et je faisais de la musique tranquille dans mon petit coin de pays. Dans les années 1980, je venais au Québec et j'ai commencé à faire du collectage pour alimenter le répertoire des Maudzits Français», reconnaît-elle.

Depuis son retour au Québec, des voies se précisent: l'animation de chansons et la recherche. Elle fait de la complainte La Blanche Biche l'objet principal de ses recherches, mais elle ouvre aussi 25 chantiers portant sur des chansons ou d'autres aspects de la musique et de la danse traditionnelles.

«La recherche ne progresse pas en vénérant les idoles, mais en alignant les phares», soutient-elle. Ces phares sont les gens qui, comme elle, retracent et préservent soigneusement les histoires séculaires et millénaires de la tradition. En cela, Francine Brunel-Reeves est une véritable héroïne populaire.

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Projection du documentaire Tant qu'il reste une voix au centre Calixa-Lavallée, le samedi 15 août à 18h30. Renseignements: 514 273-0880; granderencontre.com