Les Francos déménagent en juin

Alain Simard, Guy Latraverse, Laurent Saulnier et Caroline Johnson ont livré leur bilan des 21es FrancoFolies de Montréal, hier.
Photo: Jacques Nadeau Alain Simard, Guy Latraverse, Laurent Saulnier et Caroline Johnson ont livré leur bilan des 21es FrancoFolies de Montréal, hier.

Les FrancoFolies se tiendront dorénavant en juin. La direction évoque des avantages financiers et pratiques, mais la décision déçoit beaucoup le maire de Québec et les festivals de Québec et de Tadoussac.

La guerre des festivals est rouverte. La décision de l'équipe Spectra de déménager les FrancoFolies de Montréal au mois de juin a fait bondir hier le maire de Québec, Régis Labeaume, de même que les organisateurs du Festival d'été de Québec et du Festival de la chanson de Tadoussac. Ceux-ci craignent une inutile surconcentration de festivals en même temps.

Spectra a annoncé hier après-midi que les FrancoFolies se dérouleraient à l'avenir avant le Festival international de jazz. Cela fait plusieurs années que Spectra souhaite déplacer l'événement. Deux tentatives avaient déjà été faites en 1998 et en 2006.

L'an prochain, les Francos se tiendront donc du 9 au 19 juin, alors que le jazz aura lieu du 25 juin au 6 juillet. Cette formule sera reprise chaque année. Spectra s'est engagé à ne jamais présenter d'événement qui chevaucherait la Fête nationale.

Selon le président-fondateur des FrancoFolies, Alain Simard, cette décision n'aura que du bon pour l'événement. Cela permettra d'une part à Spectra de réaliser des économies substantielles sur les frais de montage et de démontage des deux grands événements qu'elle organise. La plupart des installations des Francos pourront ainsi servir pour le jazz.

En se fiant à une étude réalisée en 2006, Spectra estime pouvoir aller chercher entre 400 000 $ et 600 000 $ de plus en tenant l'événement plus tôt. «C'est une manière d'assurer la pérennité financière de l'événement», dit Alain Simard.

D'autre part, sur le plan artistique, M. Simard affirme qu'il sera plus facile d'attirer des artistes français avec des Francos en juin (on estime à 20 % l'augmentation que ça pourrait engendrer). Même chose avec les médias français.

La décision permettra aussi d'assurer «une plus grande fluidité» entre les trois grands festivals de Montréal, maintenant que la place des Festivals est ouverte. Les Francos lanceront le bal, le jazz suivra et Juste pour rire pourra déménager une certaine partie de ses activités sur le site.

M. Simard évalue finalement que ce sera bénéfique pour la Ville de Montréal, qui a donné son accord au déplacement (tout comme le ministre responsable de la région de Montréal, Raymond Bachand). «Actuellement, le mois de juin est mort sur le plan touristique. Nous avons la chance de créer une masse critique de visiteurs plus tôt dans la saison, avec les autres festivals présentés en juin [TransAmériques, Mutek, Présence autochtone, Fête nationale, le Grand Prix et le futur Festival de cirque].»

Tourisme Montréal et la Chambre de commerce ont d'ailleurs salué la décision.

Détournement d'attention

Mais à Québec, la décision des FrancoFolies a été accueillie très froidement par la direction du Festival d'été. «C'est sûr qu'on n'est pas contents», indique la directrice des communications Lucie Tremblay. Le conseil d'administration du Festival devait se réunir en soirée pour élaborer une réplique officielle.

On craint entre autres choses que les artistes français qui se produiront à Montréal à la mi-juin n'aient aucune envie de retraverser l'Atlantique trois semaines plus tard.

Le maire de Québec, Régis Labeaume (qui fut président du Festival en 2003), ne la trouvait pas drôle non plus. «Il est hors de question qu'un homme d'affaires [Alain Simard] mette en danger une entreprise publique comme le Festival d'été», a-t-il indiqué lors d'un entretien téléphonique.

M. Labeaume se demande ce qui ne fonctionne pas avec les FrancoFolies. «Spectra est une entreprise privée qui fait de l'argent, alors qu'on nous dit que les FrancoFolies en perdent. Alors, je me pose la question: qu'est-ce qui ne fonctionne pas avec les FrancoFolies? Il est temps qu'on réponde à ça.»

Le maire était aussi déçu du choix de Spectra d'annoncer en conférence de presse une décision «unilatérale comme ça. Il faut être arrogant».

À Tadoussac, le directeur général du Festival de la chanson, Charles Breton, était carrément furieux. Le déplacement des FrancoFolies veut dire que les deux événements se tiendront exactement en même temps (Tadoussac avait lieu du 11 au 14 juin cette année).

«Ça ne pose pas de problème fondamental pour la programmation, dit M. Breton. Mais c'est évident qu'on va perdre l'attention médiatique qu'on a réussi à attirer peu à peu depuis 25 ans. Et si on redevient un festival couvert seulement dans les médias régionaux, on devient beaucoup moins attirant pour les commanditaires.»

À ces critiques, Alain Simard rétorque que la porte du dialogue est ouverte. «Tadoussac pourra profiter de la présence des journalistes français», croit-il. M. Simard se dit prêt à «collaborer» pour qu'il n'y ait pas de perdant. «On n'en est plus aux chicanes de clocher», dit-il en avançant que «Québec n'a rien à craindre, son festival est bien établi».

Bilan positif

Autrement, la conférence de presse d'hier a aussi été l'occasion de faire le bilan officiel de la 21e édition des FrancoFolies. Les organisateurs ont évoqué un succès d'assistance et

de programmation.

Sur le plan financier, l'événement s'est conclu par un déficit de 50 000 $, ce qui porte le déficit accumulé depuis 2006 à près d'un demi-million. Les Francos bénéficiaient notamment cette année d'une subvention spéciale de 1,5 million d'Industrie Canada (la même qui a été refusée à Nuits d'Afrique, Divers/Cité ou le Mondial des cultures de Drummondville).

D'innombrables coups de coeur ont été recensés: mentionnons l'unanimité autour du spectacle des Douze hommes rapaillés, de même que pour les performances d'Arthur H, Karkwa, l'hommage aux Colocs, Julien Doré, Khaled et Oxmo Puccino.