En spectacle ce vendredi au Club Soda dans le cadre des FrancoFolies de Montréal - Au lit avec Donzelle

Donzelle entourée de ses danseuses lors du tournage de son plus récent vidéoclip Libido Macro
Photo: Donzelle entourée de ses danseuses lors du tournage de son plus récent vidéoclip Libido Macro

Rien n'est innocent chez Donzelle. Son premier album, Parle parle, jase jase, révèle une rappeuse dont le sens de la répartie ne craint pas d'aborder les bons (et les moins bons) côtés de la sexualité. Elle décoche des flèches à tout vent, en particulier vers les hommes prétentieux qui ne savent pas s'y prendre au lit. Malgré ses airs frivoles et ses rythmes extrêmement festifs, la démarche de cette rappeuse chic, en spectacle ce vendredi dans le cadre des FrancoFolies de Montréal, est plus réfléchie qu'il n'y paraît.

Le rap salace n'est certes pas nouveau. Il s'en fait depuis longtemps aux États-Unis. «Au début de ce projet, il y a quatre ans, je trouvais qu'il était temps que ça se fasse en français au Québec par une fille qui n'est pas Barbie et avec un peu de style et d'humour. Gwen Stefani ou Marie-Chantale Toupin n'étaient pas à mon avis des modèles de divergence très positifs. Je me suis dit que, si je pouvais m'entourer de bons musiciens, ça donnerait le goût à d'autres filles de se risquer.»

Frondeuse, la femme qui se cache derrière le pseudo de Donzelle est impliquée depuis plus de 10 ans dans la vie sociale, médiatique et artistique québécoise. Responsable de la programmation d'une galerie d'art féministe, La Centrale Powerhouse, et animatrice connue de radio, Roxanne Arsenault est aussi l'une des spécialistes les plus respectées du patrimoine commercial kitch québécois.

«Je ne viens pas du ghetto, je viens de Saint-Jean-sur-Richelieu», affirme celle dont l'album vient tout juste de sortir au Japon. «S'il y a des gars qui nous voient et qui réalisent que mes danseuses et moi sommes hot, même si on a toutes des formes différentes, on va avoir réussi ce qu'on voulait.»

L'omniprésence de thématiques sexuelles dans le premier album de Donzelle, paru l'automne dernier, vient aussi d'une certaine déception. «J'étais constamment déçue ou désillusionnée par les gars que je rencontrais, comme plusieurs filles autour de moi qui sont fortes de caractère. En même temps, j'adorais TTC et Omnikrom, des groupes aux paroles qui n'étaient pas toujours flatteuses pour les femmes. Je suis capable de faire la différence et de trouver que c'est drôle et festif, mais j'ai toujours prôné qu'il devrait y avoir un équivalent féminin.»

L'oeuvre de Donzelle est ainsi plus planifiée que ne le laissent croire ses airs débonnaires. «Ce que ça représente est important socialement à mes yeux. Je ne représente pas seulement le cul. Quand je parle de cul, je ne dis pas: "Viens ici, petit gars, je vais te faire une pipe." C'est une sexualité qui est beaucoup plus revendicatrice. Et il est important de la dire et de la réclamer.»

Malgré son penchant pour la fête, la forte personnalité de Donzelle en impressionne plusieurs. «La neutralité générale ne m'intéresse pas, elle reflète une crainte des étiquettes. J'ai souvent fait peur à certains gars. Souvent, les Québécois ont peur des femmes indépendantes. Cela semble une généralité, comme dire que les Français sont machos. En fait, en ce moment, je suis vraiment contente d'être en couple avec un gars qui ne se sent pas continuellement menacé dans sa masculinité.»

Certains groupes à la mode comme Omnikrom ou Numéro# n'ont d'ailleurs pas peur de s'associer à des femmes comme Donzelle puisqu'ils se retrouvent tous sur son premier album. «C'est plus important de faire des alliances que d'être en révolte», affirme-t-elle. Le duo montréalais Numéro# présentera d'ailleurs son spectacle sur la même scène que Donzelle vendredi soir au Club Soda à 19h dans le cadre des FrancoFolies de Montréal.

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Collaborateur du Devoir