Festival d'été de Québec - Domingo, le roi généreux

Le ténor espagnol était accompagné de la soprano Virginia Tola.
Photo: Le ténor espagnol était accompagné de la soprano Virginia Tola.

C'est devant une foule de plus de plus de 60 000 personnes que Placido Domingo a donné son grand concert sur les Plaines d'Abraham. Un public épargné par la pluie, mais une scène balayée par le vent, dont les rafales titillaient quelquefois les membranes des microphones.

Une foule merveilleuse a écouté patiemment une première partie musicalement exigeante, loin des airs rebattus du répertoire. Domingo s'y était réservé l'air O souverain, ô père du Cid de Massenet, le sublime Lamento de Federico de L'Arlésienne de Cilea et le Winterstürme de La Walkyrie de Wagner. Seul moment creux: le duo de L'Ami Fritz de Mascagni, intrinsèquement insipide et longuet.

Le ténor espagnol avait amené avec lui Virginia Tola, lauréate d'Operalia en 2000, soprano sûre et généreuse, et qui plus est très télégénique. Le relais des images sur grand écran était aussi efficace que la sonorisation, bien dosée et rendant le timbre des chanteurs avec justesse. Bref, accompagné par un OSQ visiblement concerné et coopératif, un modèle de spectacle open air grand public respectueux, à l'exception, hélas, du brouhaha de savane venant d'un spectacle du genre bruitique véhiculé par le vent du nord. Ces éructations ont parasité quelques morceaux, le Wagner et la fin de Tonight (West Side Story) notamment.

En seconde partie, le ténor-vedette a rallié son monde avec des airs de comédies musicales et de zarzuela, avant d'enchaîner sur une généreuse section hors-programme de six morceaux, faisant vibrer la foule avec Besame mucho, Granada et, surtout, in fine, le duo Heure exquise de La Veuve joyeuse, chanté en français, à la grande joie de tous. La boucle francophone, avec l'air de Massenet du début, était bouclée: c'est aussi à ce genre de détails que l'on reconnaît un grand artiste et un homme de métier.

Placido Domingo est un phénomène: l'éclat et la puissance de sa voix sont intacts, une santé vocale inimaginable pour un chanteur de 68 ans. Par sa présence scénique, il force le plus grand respect, non seulement «par rapport à son âge» mais dans l'absolu.