Les Fatals Picards au Lion D'Or - Rien entendu, tout compris

Les Fatals Picards, en 2007, chantent «L’amour à la française» en finale de l’Eurovision.
Photo: Agence France-Presse (photo) Les Fatals Picards, en 2007, chantent «L’amour à la française» en finale de l’Eurovision.

Les Fatals Picards, c'est une bande de marrants qui ne proviennent pas de la Picardie, d'où leur nom. Cherchez pas à comprendre, c'est de l'humour, comme disait Gotlib. Un peu dans la tradition des VRP, Slip's et autres Bidochons, les Picards donnent dans la satire bien sentie et le calembour atroce, sur le mode punk le plus souvent, mais aussi en reggae, voire en valse, selon les besoins.

Ils sont quatre, Paul Léger qui chante (et trépigne, c'est un nerveux), les autres qui l'enterrent. À tout le moins nous empêchent-ils de comprendre les paroles, ce qui est embêtant, vu que les paroles, chez Les Fatals Picards, c'est quand même la base du truc. J'en faisais l'amer constat en sortant du Lion D'Or mercredi, sorti à l'entracte parce que j'en avais marre de piger que dalle, pour parler en französisch de cinoche façon Arletty. Dommage, ce spectacle-lancement était le baptême de scène des Fatals chez nous, et franchement j'avais hâte. Rapport aux clips dans YouTube, qui me font hurler de rire et de joie débridée. Surtout Bernard Lavilliers. Une chanson intitulée Bernard Lavilliers. Dans YouTube, on comprend tout: «Ah c'était la belle vie quand t'étais aventurier / Quand t'étais gardien de phare, pilote de F1, catcheur ou bien skieur alpin / Après c'était plus dur quand t'as été guerillero, pendant que tu faisais banquier, avant-centre et puis dresseur de chameaux [...] Bernard Lavilliers, mais qu'est-ce que tu vas bien pouvoir faire?» Dans le clip, il y a le vrai Lavilliers, qui fronce les sourcils.

Évidemment, au Lion D'Or, le contingent français et les irréductibles locaux des Fatals avaient rempli la place et savaient les paroles par coeur, alors c'était quand même le happening. Un happening assis, faut pas exagérer, on n'est pas en France, où ça déménage méchamment dans les bals des Picards. Je me sentais comme dans un show des Loco Locass: quand tu sais pas d'avance les mots, t'es exclu du club. En arrivant chez moi, j'ai cherché et trouvé un site avec toutes les paroles des chansons, et là j'ai rigolé. Tout seul, et en décalage, mais bon.

C'est l'histoire d'une meuf, par exemple. Ça parle de l'opportunisme des artistes qui participent aux spectacles de charité diffusés à la télé: «T'espères au moins que sur le refrain / C'est toi qui tiens Bruel et Garou par la main». Ce ton-là. Mercredi, de Seul et célibataire, j'avais le titre et rien d'autre. À quel point c'est dommage? Jugez plutôt: «Depuis que t'es partie je mange ce que je veux chez moi / Hier c'était pizza, aujourd'hui c'est pizza...» Autre exemple: Moi je vis chez Amélie Poulain. L'envers du conte de fées: «Des fois je vais aider à vider le canal Saint-Martin des caillasses / Amélie elle s'rend pas compte qu'après il y a plus une seule péniche qui passe». Les Fatals Picards ont enregistré six albums de cette belle eau sale depuis 1998, un régal. Je clapote.

Remarquez, même avec les paroles, tout le monde ne comprend pas: Johnny Hallyday n'a pas bien saisi toute l'affection que lui portent les Fatals, pourtant patente dans leur chanson Le Jour de la mort de Johnny: «Tu étais cet homme, faible et merveilleux / La dernière idole, des jeunes devenus vieux». Du coup, les Picards et lui enregistrant chez Warner, il y eut comme qui dirait mémo à l'interne, et le titre ne figure plus sur Le Sens de la gravité, le tout récent opus lancé ici mercredi. Tout n'est qu'incompréhension en ce bas monde. Vous dites? Excusez-moi, j'ai encore mes bouchons.

Pour peu que le mixage soit meilleur et que les paroles soient dûment apprises, les Picards cartonneront inévitablement au Québec, c'est trop bon. Ils en auront l'occasion ce soir et demain au Festival de la chanson de Tadoussac, puis aux FrancoFolies de Montréal, au début d'août, sur une scène extérieure (le 1er août) et une intérieure (le 2 août), les mêmes jours que le passage d'un certain... Bernard Lavilliers.

LE SENS DE LA GRAVITÉ

Les Fatals Picards

Warner

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