Vitrine du disque - 12 juin

Chanson jazz - Lâche pas la patate - Benoit Paradis trio - Indépendant - Deux ans après leur premier disque finement intitulé Introduction, Benoit Paradis et son trio de jazz récidivent avec un deuxième effort, cette fois-ci enregistré devant public.

Ce n'est pas du tout une mauvaise idée pour l'ancien tromboniste de Plywood 3/4, la pianiste Chantale Morin et le contrebassiste Benoît Coulombe. La scène, c'est la force de Paradis, c'est là où il prend son envol. Si les textes sont moins obscurs et plus ludiques, le trio reste dans le même champ musical, quelque part entre la vieille chanson française, le jazz et la musique hawaïenne, avec un léger détour vers la musique classique. En plus de ses compositions, Benoit Paradis adapte Boris Vian (Je Fume) et Billie Holliday (Toute ma vie), fait un clin d'oeil à Debussy et reprend Eugène Lapierre. Lâche pas la patate est un peu brouillon, nonchalant et mériterait une meilleure prise de son, mais on y trouve une étincelle et un humour qui font qu'on y revient avec plaisir. Disponible chez Renaud-Bray et au www.espace-emergence.ca.

Philippe Papineau

folk-pop

dEMOS

Crosby, Stills & Nash

Rhino-Atlantic - Warner

Ah! Ces trois voix. Ces timbres miraculeusement compatibles, ces jeux d'harmonies inextricablement entrelacés. Ce blend unique. Pourquoi diable alors un disque de maquettes de l'ère de gloire 1968-1971, généralement enregistrées en solo, avant présentation aux copains? Ça ne peut qu'être moins bon, se dit-on. Certes, mais à peine. David Crosby seul, c'est un monde d'accords ouverts qui résonnent, de vocalises en liberté. Écoutez Almost Cut My Hair, Déjà Vu, moins l'accompagnement rock, c'est batifoler dans un champ de blé. Graham Nash, lui, créant son Chicago, a tout placé d'emblée: fascinant esprit cartésien. Stephen Stills? Le gars sait tout faire et ses démos n'ont besoin de personne. En vérité, chacun se suffit à lui-même. N'empêche, c'est quand ils s'y mettent à plusieurs que c'est magique, et rien n'égale ici Long Time Gone façon Crosby-Stills, Music Is Love par Crosby, Nash et... Neil Young, et surtout Marrakesh Express par CSN, bien meilleure en première mouture acoustique.

Sylvain Cormier

Rééditions

CÉCILE MA FILLE

Claude Nougaro

Mercury-Universal - Dep

Parti enseigner la diction qui «swingue» aux anges en mars 2004, le taureau toulousain aurait frappé les 80 coups le 9 septembre prochain. À l'Association Claude-Nougaro, on s'est dit: tiens, c'est rond, c'est bon, décrétons donc l'année Nougaro. Depuis janvier, résultat, on a du nougat: expos, concerts, ateliers, livres se succèdent fissa fissa. Les disques itou: le larron Mercury a saisi l'occasion, pas con, d'où cette première fournée de rééditions. Cinq disques pour commencer, déjà essentiels au temps du vinyle (titres: Cécile ma fille, Armstrong, Petit taureau, Locomotive d'or, Tu verras), encore plus essentiels tels que rematricés. Et augmentés. En sus, de quoi se sustenter: chansons rapatriées de super 45-tours et autres disques 25 cm première époque (dont Pauvre Nougaro, une merveille), extraits de bande sonore (Nous n'avons pas de passeport, autre merveille). Quand même pas le Pérou, faute d'inédits. Mais faisons le dos rond et applaudissons. Et réécoutons Les p'tits bruns et les grands blonds.

Sylvain Cormier

Classique

BRITTEN

The Holy Sonnets of John Donne, Winter Words, Purcell realizations, Folksongs. Mark Padmore (ténor), Roger Vignoles (piano). Harmonia Mundi HMU 907 443

Exigeant mais plus qu'admirable disque. Les Holy Sonnets of John Donne ont été composés par Britten en 1945, après une série de concerts donnés avec Yehudi Menuhin dans des camps de concentration. Ces oeuvres ont jailli de sa plume avec une virulence, une profondeur et une nécessité qui s'imposent d'évidence. Le troisième sonnet, O might those sighes and teares, est un concentré de cette inspiration qui nous bouleverse et nous parle encore, 64 ans plus tard. Mark Padmore n'est évidemment pas le premier à s'y mesurer. On pense notamment aux prestations de Peter Pears (avec Britten au piano) et Philip Langridge. Mais Padmore ne pâlit en rien avec sa voix, d'une couleur idéale, admirablement projetée. Les lignes d'une grande souplesse laissent s'épanouir un raffiné éventail de nuances. Quant à l'incarnation du texte, elle se passe de commentaires... Admirable programme également, avec trois adaptations de Purcell et cinq Folksongs, pour dénouer quelque peu l'étouffante tension.

Christophe Huss

Classique

CHOSTAKOVITCH

Symphonie n° 15, Hamlet. Orchestre national de Russie, Michael Pletnev. PentaTone PTC 5186 331.

J'ai assez vilipendé le mauvais goût de Pletnev quand il joue ou dirige Beethoven, assez raillé les équilibres polyphoniques foireux de ses Tchaïkovski chez DG pour ne pas saluer ici sa meilleure réalisation en tant que chef d'orchestre. L'orchestre est fort bien équilibré et d'une excellente tenue d'ensemble. Autre grande surprise: le son. Très longtemps, PentaTone a déçu par une utilisation abusivement spectaculaire et irréaliste du procédé SACD multicanal. Ici, la sobriété et la musicalité de la spatialisation suscitent autant l'enthousiasme que le grain sonore, riche et profond. D'emblée, la Quinzième par Pletnev séduit par son assise, la réussite des épisodes parodiques du premier volet, mais aussi une concentration et une pondération qui conviennent très bien aux 2e et 4e mouvements, plus graves que dans les versions russes habituelles. Sanderling reste hors normes dans cette oeuvre, mais peu de versions modernes sont aussi convaincantes.

Christophe Huss

Rap

Yes!

K-os

Crown Loyalist - Universal

Le retour de l'enfant prodige du rap torontois K-os est marqué par ses amours du hip-hop. Les inspirations indie-rock, qu'on lui avait accolées après la parution de son dernier disque, sont moins présentes sur son quatrième album, Yes!, quoique jamais très loin. Outre la prépondérance du soul et des rythmes funky, le chanteur a remplacé les mélodies de guitare électrique par des références à l'univers rock avec un échantillon du groupe Phantom Planet (California, thème de la série américaine The O.C.) ou encore des collabos avec Emily Haines (The Metric). K-os excelle tout de même dans sa formule légère aux rythmes à contre-temps, tout comme dans la création d'orchestrations et d'arrangements uniques. Pas toujours transcendante, l'originalité du rappeur sait toujours amuser l'oreille. K-os se produira mercredi prochain pour le premier concert de l'excellente programmation musicale du segment Fashion Music dans le cadre du Festival mode et design.

Étienne Côté-Paluck