Vitrine du disque

Folk-Blues - Brun - Bernard Adamus - Migratoire - Un disque intitulé Brun, ça intrigue quand même un peu. C'est le premier disque de Bernard Adamus, anciennement appelé Révérend, et ça sonne comme ça s'appelle.

Brun. Brun comme un chalet qui craque, comme une guitare usée de trop de musique, comme de vieilles lettres trouvées dans une boîte de souliers dans le fond d'une garde-robe, brun comme une bouteille de bière. Très québécois dans les textes, plus proche du péquenaud que du cravaté, Adamus fait dans le folk bringuebalant, avec une toute petite tendance rap. Brun évoque beaucoup Plywood 3/4, et ce n'est pas si étonnant, car trois membres de l'ancienne formation de Dany Placard jouent avec Adamus. Pas loin derrière, on entend l'irrévérence d'un Plume et on note des airs de Damien Robitaille. Ça iodle, ça saute, ça tape du pied, ça chante en choeur, c'est magnifiquement vivant et humain. Adamus ne réinvente pas la roue, mais quand l'harmonica crie sa douleur ou que la Dobro vibre, ça nous fait un bien fou. Le 7 juin au Quai des Brumes, à Montréal.

Philippe Papineau

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Chanson

MISS MÉTÉORES

Olivia Ruiz

Polydor-Universal - Dep

Après un million de fois La Femme chocolat, on fait quoi? Olivia, l'affranchie de la Star'Ac', continue de n'en faire qu'à sa tête, qu'elle a jolie autant que dure. Alors voilà Miss Météores, avec météore au pluriel, comme dans pluie de météorites traversant l'atmosphère et s'éparpillant dans toutes les directions. Après mille et un duos sur mille et un albums de copains-copines, la Méditéranéenne invite à son tour: auberge espagnole, l'album accueille Bertrand Bélin, la chanteuse folk Lonely Karen Drifter, de bruyants «Brits» qui s'appellent The Noisettes, le trashbilly-rappeur canadien Buck 65, etc. Plus l'amoureux-collaborateur Mathias Malzieu de Dionysos, qui fournit l'essentiel des musiques. Ça donne une fête en trois langues, chacune ayant sa fonction: l'anglais pour charmer, le français pour se révéler, l'espagnol pour s'enraciner (elle récidive avec papa Didier dans Quedate). Ça pétille, ça panique, ça fait du bruit, ça caresse aussi. L'écoute est périlleuse, l'aventure, irrésistible. ¡Libertad!

Sylvain Cormier

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Électro-Pop

Ciao!

Tiga

Turbo - Last Gang

Le DJ montréalais Tiga connaît la gloire en Europe et aux États-Unis depuis qu'il a entrepris une carrière de chanteur house aux inspirations new-wave et acid. Son deuxième album, Ciao!, retrouve avec candeur les rythmes techno aux accents pop encore plus assumés. Les paroles du disque sont secondaires, le but de l'exercice n'est pas la poésie. La musique s'acoquine parfois avec quelques expérimentations originales, une bouchée de fraîcheur dans un enrobage assez lisse. Si la production musicale du disque est l'oeuvre de collaborateurs prestigieux (Soul Wax, James Murphy), l'interprétation douce et désinvolte du chanteur montre par contre ses limites, mais Tiga n'a jamais eu la prétention d'être un bon chanteur. Le détachement et l'insouciance à l'avant-plan, ce disque assume complètement sa mièvrerie. Les amateurs de Tiga ne seront donc pas déçus, Ciao! est certainement un bon disque dans le genre. Reste à voir si le genre lui-même en vaut encore la peine.

Étienne Côté-Paluck

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Classique

HAENDEL

Airs et duos de Poro, Orlando, Radamisto, Flavio, Tamerlano, Ezio, Rinaldo, Alessandro, Amadigi, Ottone. Sandrine Piau (soprano), Sara Mingardo (contralto). Naïve OPS 30483.

Ce n'est pas faire insulte à Marie-Nicole Lemieux que de statuer que Sara Mingardo est la reine des contraltos. La seule dont la voix se rapproche de celle de l'artiste italienne est Natalie Stutzmann, dont le timbre est sublimement équivoque, mais qui n'a ni la souplesse ni l'impact de Mingardo. Cette chanteuse hors du commun est associée à l'une des sopranos grandes haendeliennes de l'heure: Sandrine Piau. L'équation semble forcément gagnante, mais dans les faits l'alliance des deux voix surpasse tout ce que l'on pouvait imaginer — on écoutera les duos extraits de Tamerlano et de Rinaldo pour s'en convaincre. Le programme faisant alterner les voix en solo et en duo est particulièrement bien conçu, entre oeuvres plus et moins connues. Autres atouts non négligeables: la prise de son et l'accompagnement royal, attentif, coloré et jamais brusqué de Rinaldo Alessandrini.

Christophe Huss

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Classique

JANACEK

Suites orchestrales d'opéras (vol. 1): Jenufa, Les Excursions de Mr Broucek (arr. Peter Breiner). Orchestre symphonique de Nouvelle-Zélande, Peter Breiner. Naxos 8.570555.

Leos Janacek (1854-1928) est l'un des créateurs les plus intéressants du tournant du XXe siècle. La puissance tellurique de la musique, le langage particulier et identifiable, la force dramatique ou onirique de ses ouvrages lyriques ont conquis le monde. Le répertoire purement orchestral reste cependant limité et principalement réduit à Tarass Boulba et la Sinfonietta. Divers chefs ont eu l'idée de tirer des opéras matière à suites orchestrales. L'arrangeur Peter Breiner cherche aujourd'hui à élargir le champ des oeuvres traitées. Ce premier de plusieurs volumes prévus chez Naxos laisse bien augurer de l'entreprise et Jenufa est particulièrement bien traité. L'orchestre passe un peu à côté de la raucité des coloris, mais ces suites pourraient bien faire leur chemin dans le répertoire.

Christophe Huss

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Monde

OKTOECHO

OktoEcho

Elyxium

D'abord connu sous le nom de Zeugma, l'ensemble montréalais dirigé par la compositrice Katia Makdissi-Warren explore les possibilités de métissage entre le Moyen-Orient et les autres cultures. Une musique écrite, sérieuse, mais qui laisse libre cours à l'expression d'ornementations personnelles et à l'improvisation. Quatre violons, un alto, un violoncelle et une contrebasse confèrent de fascinants contrastes au sein d'une musique ponctuée d'un oud microtonal, d'une flûte nay aérienne, d'un piano harmonique, d'un chant très délicat et de la multipercussion qui ponctuent des rythmes complexes. S'y dégage un mélange de sensualité et de densité. Riches et très diversifiés, les arrangements provoquent des unissons et de fréquents dialogues entre des instruments. Certaines pièces sont courtes et douces, alors que d'autres permettent de nombreux anticlimax en formation complète. Le mariage entre les mondes est magnifiquement consommé. Au Gesù, le 7 juin.

Yves Bernard