Thomas Fersen à La Tulipe - L'univers de l'un, la poigne de l'autre

On aurait mis un p'tit deux là-dessus. Autant notre Fred Fortin et sa bande de copains ont salutairement débauché le dernier disque de Thomas Fersen, autant le spectacle dudit, avec le Fred en bandoulière et les mêmes copains en bagage (plus le fidèle Pierre Sangra, complice de la tournée ukulélé), allait gagner en volume. C'est bien ce nous avons constaté et vivement apprécié hier au premier des deux soirs de l'ami Toto à La Tulipe. Ou est-ce l'ami Tulipe à la Toto? Je dérape, là.

Revenons à nos compères. Le son Fred Fortin, c'est du subtil et du lourdaud à la fois. Une sensibilité moitié pop Beatles moitié métal Led Zep, le plaisir patent et constant de jouer, et du volume. Pas la quantité de décibels. Fortin et les siens jouent volumineux. La basse est ronde et pleine, la frappe de batterie pèse son poids. C'est comme une grosse marmite pleine de soupe aux pois portée à ébullition. Plonger là-dedans le zoo de Fersen, l'insectarium de Fersen, les histoires noires de Fersen, la pièce montée des grands jours de Fersen, la galerie de personnages vaquement inquiétants de Fersen, plus le ukulélé de Fersen, ça donne du Fersen plus odorant que jamais. Pour résumer, sa Zaza, qui pétait déjà auparavant, dégageait pestilentiel.

Mais ça ne changeait pas le cher Fersen pour l'essentiel. Thomas Fersen a son personnage de scène, et nous en jouissons. L'art d'un certain détachement. Même quand il danse, c'est avec l'air de ne pas avoir l'air. Un vrai Paul Meurisse de la chanson. Du nonchalant qui passe au nonchalant qui chante. Toujours un peu décalé. L'accoutrement comme-sur-la-pochette, haut-de-forme et queue-de-pie sur robe de bal fanée, accentuant l'effet. Quand, les gens ayant chanté à sa place le premier couplet de Diane-de-Poitiers, il reprend la chanson et que les gens remettent ça, il les interrompt et dit: «Vous permettez?» Cette attitude-là.

Tout aura baigné dans la ragoûtante tambouille Fersen-Fortin, les anciennes préférées comme les nouvelles préférées, La Chauve-souris autant que Chocolat, toutes deux très trash-foraines dans le genre. Franchement, c'était joie, c'était félicité que d'assister à cette rencontre sans précédent: le Québec le plus enraciné au service de la France d'élite, sans la moindre courbette.
1 commentaire
  • Israël Desrosier - Abonné 9 juin 2009 21 h 56

    Une soirée qu'on oublie pas

    Thomas Fersen joue de son public, littéralement. Tous nous étions pendus à ses lèvres, essayant d'anticiper la prochaine chanson, la prochaine joie. Ce craquant personnage épaulé par le non moins charmant et génial Fred Fortin a fait de moi une femme heureuse ce soir-là.