Livre - Camembert électrique et godemiché à vapeur

«Quelques noms de groupes qui bégaient», «Godemiché à vapeur», «Le plus long pseudonyme adopté par un rapper sur un disque (et le plus idiot)», «Pourquoi Plastic Bertrand?», «Quelques sigles et acronymes satanistes formés à partir de noms de stars», «Mais qui a tué Kurt Cobain?», «Les dix titres préférés de Barack Obama», «Le Blues du suceur de bite», «Le plus long titre de chanson jamais enregistré», «Camembert électrique»...

Ça c'est du titrage. Ainsi sont proposés quelques-uns des très nombreux chapitres de ce petit livre marrant et instructif. Pas vraiment des chapitres, en vérité. Des miscellanées d'un type particulier. Miscellanées: recueil d'écrits divers, littéraires ou scientifiques. Les miscellanées du rock? Trois m'as-tu-vu de la presse rock française, Jean-Éric Perrin, Jérôme Rey et Gilles Verlant, qui s'offrent une récré entre deux bouquins qui comptent (c'est à Verlant qu'on doit la bio définitive de Gainsbourg), étalant leur savoir en mille et un lilliputiens sujets traités sous les formes les plus variées: listes en tous genres, anecdotes savoureuses, faits cocasses, infos pertinentes ou impertinentes, le tout dans le but simple de faire passer un bon moment à l'ami lecteur, de préférence un fada du rock qui en sait un peu moins qu'eux.

C'est bien pour ça qu'ils sont trois: ils ratissent large. M'as-tu-vu à mes heures, fada patenté, je constate: si je suis fatalement en terrain connu une fois sur trois (et content de moi-même, c'est aussi à ça que ça sert), deux fois sur trois je dois admettre ma crasse ignorance, et m'en trouve surpris, étonné, fasciné. Sérieux, les lascars. Saviez-vous, vous, que Miles Davis a joué un petit rôle dans un épisode de la série policière Miami Vice (l'épisode 28)? Que Camembert électrique est le titre d'un album de Gong, «le groupe le plus joyeusement défoncé du début des années 70»?

Là, je fais exprès, je donne dans le bizarre autant qu'étrange, mais il y a vraiment des chapitres qu'on s'empresse de lire quand on tombe dessus (car il s'agit bien d'ouvrir au hasard, c'est fait pour). Exemple, les chansons «franchement obscures» que contient l'iPod de Bruce Springsteen: Take Me Home Jesus par Link Wray, Oh Death par Ralph Stanley, etc. Je vis pour de tels renseignements, moi.

On rigole bien, aussi. Les gaillards ne sont pas seulement drôles, mais méchamment. À la liste de «dix chansons vraiment très longues» est jointe cette vanne absolument gratuite: «Sans oublier tout le répertoire de Michel Sardou (chaque chanson semble durer une éternité).» Détestation franche qui va jusqu'à la mauvaise foi signée, jugez-en par cette liste des «dix instruments énervants préférés des groupes folk énervants des années 70» (vielle à roue, épinette des Vosges, etc.). Jouissif.

Le «Blues du suceur de bite», pour éclairer votre lanterne, traduit littéralement Cocksucker Blues, morceau légendaire que les Rolling Stones présentèrent à Decca en 1970 pour se libérer de leur contrat de disques. Et «godemiché à vapeur»? C'est à la page 263. Bon, d'accord, je vous le donne en mille: c'est ça que ça veut dire, Steely Dan. Mais oui, le duo californien si sophistiqué a tiré son nom de l'insolite objet, mentionné par William Burroughs dans son livre Le Festin nu. Eh bé!

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LES MISCELLANÉES DU ROCK

Jean-Éric Perrin, Jérôme Rey

et Gilles Verlant

Fetjaine, coll. «Hors collection»

France, 2009, 320 pages