Comme à la télévision - La nouvelle introspection d'Omnikrom

Le trio Omnikrom, qui comprend également le DJ Figure 8, lance son nouvel album Comme à la télévision.
Photo: Le trio Omnikrom, qui comprend également le DJ Figure 8, lance son nouvel album Comme à la télévision.

Une des premières chansons produites par le trio Omnikrom scandait «Achète-moi» sur un air frénétique. Ce morceau, l'un des meilleurs de leur répertoire, était d'autant plus signifiant qu'il se retrouvait dans une série de maxis intitulés Futurs millionnaires. Les jeunes artistes de l'époque travaillaient chez un disquaire du centre-ville de Montréal. Ils avaient beaucoup d'ambition et se targuaient d'être, sur toutes les tribunes, les meilleurs dans tous les domaines.

Aujourd'hui, ces pionniers d'un des plus importants phénomènes musicaux des dernières années, nommé «rap-électro» par plusieurs, vivent enfin de leur art. En magasin mardi prochain, le deuxième album de ce groupe à l'humour frondeur, Comme à la télévision, présente pour la première fois quelques introspections. «C'est un album où on a mis un peu plus de vrai», raconte le rappeur Jeanbart, rencontré chez lui en début de semaine avec son comparse Linso Gabbo. «On ne se sent plus obligés d'ajouter des éléments humoristiques dans toutes les chansons. C'est moins "filles, argent et party". Mais il y a un peu de ça aussi.»

«Plusieurs de ces sujets nous importent encore, ajoute Gabbo, mais ils sont abordés différemment. On glorifie encore le fait qu'on ne veut pas vieillir, mais on se questionne aussi là-dessus. Il y a peut-être un peu plus d'insécurité assumée dans cet album.»

Faire comme s'ils étaient au-dessus de tout, prêts à contrôler le monde, avait son charme lorsque Omnikrom était inconnu. Avec des vidéoclips ayant tourné à profusion sur Musique Plus et les chansons dans plusieurs radios, la popularité semble ne pas être aussi idyllique que le laissaient entendre les rêves exprimés dans leurs premières chansons. Comme l'indique Gabbo: «On est maintenant connus dans certains milieux, mais ce ne sont plus seulement des situations agréables qui viennent avec ça.»

Plusieurs rappeurs ont suivi leurs traces dans cet univers musical depuis leurs débuts en 2005 (Donzelle, Radio Radio, Jeune Chilly Chill, etc.). Ce genre, encore honni par la majorité des gens issus de la scène hip-hop locale, est caractérisé par un mélange de rythmes électroniques et de musique de clubs hip-hop du sud des États-Unis. Tous les excès y sont vécus à travers des textes presque burlesques, en insistant sur les rapports de séduction, omniprésents.

À 28 ans, les deux rappeurs, dont l'âge moyen des admirateurs et admiratrices est probablement dix ans plus jeune, assument sur leur nouvel album leur fascination pour la télévision. «Bien qu'on fasse beaucoup d'autres choses et qu'on expérimente d'autres médias, la télé a toujours une grosse place dans nos vies, explique Jeanbart. Plus que les jeunes d'aujourd'hui qui ont grandi sur Internet et pour qui les tabous [entourant le sexe, notamment] sont encore plus dépassés.»

«On fait de la musique comme si on faisait des films, ajoute-t-il. On met tout en image.»

«Et la nouvelle génération comprend mieux que nous la nuance entre le divertissement et la réalité, reprend Gabbo. C'est comme les gens qui écoutaient du metal à une certaine époque avec des chansons qui vont parler de démons. Ils aimaient l'univers qui l'entourait. Bien qu'il soit différent et faux, il fait décrocher de la vraie vie.»

Avec des textes plus concis, la nouvelle introspection du groupe s'exprime tout de même toujours à travers l'humour et l'autodérision, sauf sur la chanson Feel Collins, qui aborde littéralement le sentiment de peur, celle des autres qui se transforme en haine, ou leur propre frayeur face à l'avenir. «On a voulu essayer d'apporter des sentiments qu'on n'avait pas su aborder auparavant, explique Jeanbart. On se remet un peu en question tout en exagérant cette remise en question: si Omnikrom ne marche plus dans dix ans, on sera des loques qui se feront vivre [plus tard]. On a des craintes comme tout le monde. Je réalise maintenant que le fait de les exprimer sur disque peut paraître comme une cassure par rapport à nos parutions précédentes. Pour nous, à chaque disque, c'est un "clash", ce n'est qu'une continuation.».

Maintenant lauréat d'un Félix avec son premier album, est-ce que le groupe rap pense toujours devenir millionnaire? «Peut-être», répondent les deux rappeurs en choeur. Jamais auparavant réponse n'aurait été autre chose qu'un «oui» provocateur et frondeur. Comme quoi c'est toujours du doute qu'apparaît, peut-être, le possible.

Le trio Omnikrom, qui comprend également le DJ Figure 8, lance son nouvel album Comme à la télévision mardi soir au Club Soda de Montréal. Ce disque, paru sur étiquette Saboteur, sera disponible en magasins et en ligne le même jour. Il comprend entre autres des collaborations avec Coeur de pirate, The Sainte Catherines, Ghislain Poirier, Tepr et Magasoid.

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Collaborateur du Devoir