Mara Tremblay au National - Brutalement tendre

Le Bateau, ça? La douce, douce chanson du premier album de Mara Tremblay? Un destroyer, oui. Un drakkar d’accords dans le corps. Allez-y les gars, semblait-elle signifier, la Mara, frondeuse, fébrile, heureuse: faites-vous plaisir, faites mon bonheur, faites votre beau bruit. Et les guitares d’Olivier Langevin et Jocelyn Tellier de hacher menu l’espace, et la basse de Guillaume Chartrain de bourdonner dans les oreilles, et la batterie de Pierre Fortin de marquer à sa drôle de manière les temps et marteler en même temps les tempes. Formidable bruit que ce bruit volontairement pas trop équarri, rock de garage au superlatif, musique de racines déracinée au bulldozer. Tout un bruit. Tout un band. Tout un show. Toute une Mara. Rock’n’roll mama.

On savait, rapport à l’album, que le spectacle de Tu m’intimides serait plus rentre-dedans. Mais à ce point-là? Aussi brutalement tendre que ça? Aussi dangereusement bruyant? Imaginez Eleni Mandell avec Nirvana. Ou Emmylou Harris avec Metallica. J’exagère. Mettons Mara Tremblay avec le Galaxie 500 d’Olivier Langevin. Indéniablement Mara, mais radicalement Mara. Maradicalement vôtre. Ouste le violon, pour commencer. Quand j’ai quitté, juste avant le rappel, l’instrument premier de Mara Tremblay n’avait pas remontré le bout de l’archet. En lieu et place, dès l’entrée en scène, ses bras minces brandissaient une splendide Fender Stratocaster avec du vécu dans le vernis. Avec les manches de Langevin et Tellier, ça faisait trois électriques en barrage: de quoi désencrasser un répertoire.

Et le fait est qu’en ce mercredi soir de première montréalaise au National, dix ans de chansons de Mara Tremblay étaient secouées jusque dans leurs fondations: Tout nue avec toi n’avait jamais été aussi habillée, Le Teint de Linda jamais aussi outrageusement coloré, jusqu’à La Chinoisse (avec deux s) qui faisait valser la salle comme fétu de paille. Les récentes, évidemment, étaient les extrapolations des versions studio: Toutes les chances, Tu n’es pas libre étaient massives, des murs de son. Je précise: non moins subtiles que sur disque, mais très amplifiées. Exacerbées. Même dans la portion solo guitare-voix du spectacle, c’était pas pareil: Mara grattait autrement, moins proprement, de sorte que ses chansons les plus douces, Grande est la vie, Les aurores, exultaient au présent, rugueuses et renouvelées.

Au milieu de tout ce beau bruit (et des éclairages inventifs de Gabriel Pontbriand), Mara rayonnait. «C’est tellement un bonheur...», a-t-elle lâché plus d’une fois, presque douloureusement: dynamiter et rebâtir ses chansons, de toute évidence, lui fait un bien fou. Et à nous alors! Jamais foule de première de Mara ne fut plus dynamisée, participante et bruyante.

Marie-Pierre Arthur aura nettement moins convaincu: sa courte première partie, dans le même registre voix singulière-guitare brute, était plus maladresse que promesse. Mais on aime trop son premier disque pour ne pas aller la voir et l’entendre, avec son groupe à elle, le 21 mai à La Tulipe. Le même soir, incidemment, que Mara au Petit Champlain de Québec.-30-