Concerts classiques - Un cadeau empoisonné

Certains engagements représentent de précieuses chances. D'autres sont de redoutables pièges. Jouer le Sibelius à Wilfrid-Pelletier avec l'OSM ou le Métropolitain, c'est jouer à quitte ou double. Et, à ce jeu-là, Caroline Chéhadé a perdu. Oscillant en quasi-permanence entre le presque faux et l'à peu près juste, apaisant les tempos pour les rendre confortables, Caroline Chéhadé a laborieusement récité sa leçon. Ce n'est pas ce que l'on attend d'une soliste d'un concert symphonique.

Assurément, la lauréate du Prix d'Europe est talentueuse, mais elle n'a pas encore ce redoutable concerto dans les doigts. Connaître ses limites et savoir choisir son répertoire est l'une des plus précieuses qualités d'un artiste et de son entourage.

La violoniste québécoise nous étant apparue dans une sorte de concert d'examen de fin d'études, il convient de la classer par rapport aux autres élèves et de dire qu'au dernier Concours Musical International de Montréal, ce Sibelius-là n'aurait pas glané un accessit... quand bien même Carline Chéhadé aurait accédé aux finales! Il reste donc un bon bout de chemin à faire, calmement, sans brûler les étapes. Et, donc, en évitant de rééditer les mêmes erreurs.

C'est un chef invité qui se présentait à la tête du Métropolitain, dans un programme risqué, puisque, dans les contrées francophones, Sibelius ne fait pas partie de la «culture orchestrale». Après la traumatisante expérience de la 6e Symphonie massacrée par John Adams à l'OSM, on attendait que l'air soit plus pur et les climats plus palpables sous la baguette du jeune chef danois.

Malgré encore bien des choses à parfaire, notamment dans la continuité des crescendos et la respiration d'ensemble, Søndergård a tiré le maximum du Métropolitain dans un répertoire «exotique, au vu du temps restreint de préparation. Déterminé, clair dans sa gestique et précis dans ces indications, Søndergård a cultivé un Sibelius plutôt allant, sans les épaisseurs tchaïkovskiennes auxquelles la 1re Symphonie invite parfois. On a remarqué quelques coquetteries, dans le portique d'entrée du Finale ou la fin du mouvement lent — qui devrait être simple (semplice) plutôt qu'affectée. Mais cela ne prenait jamais le pas sur la saine fraîcheur apportée par ce chef invité.

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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN

Sibelius: Scènes historiques I, Concerto pour violon et orchestre, Symphonie n° 1. Caroline Chéhadé (violon), Thomas Søndergård (direction). Salle Wilfrid-Pelletier, lundi 4 mai 2009. Reprises vendredi à Pierrefonds et dimanche à Saint-Léonard.

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