Concerts classiques - Un peu téméraire

Lorsque Bramwell Tovey était venu diriger l'OSM, il y a deux saisons, il avait montré, dans une courte allocution, de réels talents de communicateur. À la tête de son orchestre, il a fait preuve, dans une petite, mais spirituelle, introduction à Pétrouchka — entièrement en français, merci! — des mêmes prédispositions pour la vulgarisation intelligente de la musique.

En guise de remerciement à l'OSM pour son invitation, il a ajouté Nimrod des Variations Enigma d'Elgar, dans une interprétation très bien étagée et sobre, contrairement au premier rappel, une 1re Danse hongroise de Brahms transformée en musique de cirque avec troisième trombone solo.

Pour le reste du programme, l'Orchestre symphonique de Vancouver et son chef arrivaient à Montréal avec le Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy et Pétrouchka de Stravinski, ce qui dénote soit une témérité un peu inconsciente, soit des prédispositions particulièrement étincelantes. Dans ce cas-ci, ce fut de la témérité.

Non que les musiciens de Colombie-Britannique et leur chef aient démérité, mais Pétrouchka, fleuron du répertoire OSM-Dutoit, cela rappelle tout de même ici des souvenirs précis et d'un autre niveau. Autant aller jouer Mozart à Vienne ou Mahler à Amsterdam. C'est permis, mais c'est risqué...

Dans les faits, la musique, patiemment mise en place, était moins éloquente que le speech liminaire, à l'exception près du dernier tiers à partir de l'épisode du montreur d'ours, que Tovey avait expliqué et annoncé auparavant. C'est à ce moment-là que l'on a perçu la narration qui faisait défaut à la peinture un peu statique et appliquée entendue jusqu'alors.

La sagesse appliquée avait également marqué le Prélude à l'après-midi d'un faune, auquel manquait l'élan du ballet. Je n'ai rien à dire sur la Rhapsodie sur un thème de Paganini. Le Sino-Canadien Yu joue cela (et son Étude de Chopin en bis) avec dextérité, un joli cling-cling des phalanges et, donc, une absence de galbe sonore (main gauche) quasi totale.

Par contre, le compositeur contemporain Jeffrey Ryan est de ceux qui tentent avec assez de bonheur de convertir des idées abstraites — ici, sur l'analogie entre les sons et la lumière — en quelque chose de moderne et d'écoutable.

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LES DIMANCHES EN MUSIQUE

Debussy: Prélude à l'après-midi d'un faune. Jeffrey Ryan: The Linearity of Light. Rachmaninov: Rhapsodie sur un thème de Paganini. Stravinski: Pétrouchka (1947). Avan Yu (piano), Orchestre symphonique de Vancouver, Bramwell Tovey. Salle Wilfrid-Pelletier, le 3 mai 2009.

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