Les amours fidèles de Ranee Lee

Ranee Lee adore donner des spectacles: «Il y a toujours beaucoup d’émotion et de passion dans mon chant.»
Photo: Ranee Lee adore donner des spectacles: «Il y a toujours beaucoup d’émotion et de passion dans mon chant.»

Ranee Lee a les amitiés et les amours fidèles, faut croire. On fait la déduction à partir de son dernier album, enregistré sur étiquette Justin Time (25 ans de partenariat), live au Upstairs (le club qu'elle fréquente régulièrement), avec son mari-guitariste et trois autres vieux compagnons de route.

Et qu'est-ce qu'on chante dans ce cadre confortable? Des chansons d'amour, bien sûr, choisies pour définir toutes les formes du genre, standards et chansons pop réunis dans un même caisson jazz.

«C'est après coup que je me suis rendu compte que l'ensemble était porté par le thème de l'amour, dit-elle. Mais c'est normal. Je chante des morceaux que j'aime chanter, et les émotions trop noires, je n'aime pas. J'ai enregistré Strange Fruit [le classique de Billie Holiday], mais je ne l'ai chanté qu'une fois en spectacle, c'est trop sombre.»

À la part noire des choses, Ranee Lee préfère donc, de loin, le versant ensoleillé. C'est son caractère. On trouve ainsi sur ce dernier album du Jamie Cullum (A Time for Love), du Pat Metheny (A Crooker Road), du Gershwin (un medley), du James Taylor (Fire and Rain), du Jerome Kern et du Miles Davis (Four).

Un répertoire varié pour une chanteuse qui considère que «music is music». Et que tout est dans la façon de faire. «L'important est de sentir les choses», dit-elle.

Au bout du fil, une Ranee Lee aussi enjouée et sympathique qu'à l'habitude se dit en jolie forme. La voix pétille, l'été s'en vient, il fait chaud en ce lundi matin et Miss Lee a un nouvel album à sa discographie, quatre ans après Just You, Just Me (album-duo avec Oliver Jones).

Un album qui permet à Miss Lee de changer sa perception des enregistrements réalisés en public: jusqu'ici — du moins en ce qui concerne sa propre discographie, dont son tout premier disque, Live at Le Bijou —, elle n'aimait pas.

Explications: «J'adore donner des spectacles. Il y a toujours beaucoup d'émotion et de passion dans mon chant, mais l'ensemble de la performance est importante — physique et vocale. Je me laisse aller, j'ouvre les vannes. Alors qu'en studio, je peux m'approcher au plus près d'une certaine perfection, ce que j'aime beaucoup.»

Sauf que ce petit dernier lui convient parce que... voilà, tout est là. «J'adore le Upstairs, c'est une salle intime avec une programmation exemplaire. Le public est toujours attentif, chaleureux. Ça m'a permis, je crois, de réunir toutes les conditions favorables à un bon disque. Je suis sur scène, mais c'est un peu comme si j'étais en studio. Avec l'énergie de la scène.»

Nager

Bon an, mal an, Ranee Lee tient son bout dans une industrie qui mange ses bas. Elle enseigne toujours le chant à l'Université McGill, elle publie des disques tous les trois-quatre ans, fait beaucoup de spectacles (de retour au Upstairs les 15 et 16 mai).

Son importante contribution au monde culturel canadien — son registre d'expression comprend la danse, l'écriture et le jeu théâtral — a été reconnue en 2006, alors qu'elle était décorée de l'Ordre du Canada. On soulignait à ce moment sa «voix merveilleuse» et son «éblouissante présence sur scène».

On aurait pu aussi marquer son engagement envers le jazz, jamais démenti. «On parle de crise dans l'industrie et tout, mais au fond, le jazz a toujours été en crise. Ce n'est pas une musique facile à vendre. C'est un peu comme nager dans l'océan sans veste de sauvetage... mais en même temps, cette musique n'a jamais coulé.»

Alors quoi? Bien, on continue à nager. Peut-être même assez pour rattraper le bateau-croisière où Ranee Lee chantera durant les chaudes nuits du prochain Festival de jazz (du 1er au 3 juillet, et du 6 au 10).

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