Vitrine du disque

Chanson: Mille excuses Milady - Jean Leloup - Roi Ponpon / Grosse boîte: Il le chante en clair: «Je partirais tellement au milieu de la nuit, mais je préfère toujours recommencer.» Ainsi Leloup recommence-t-il. Après la mort officielle de son personnage en 2004, l'album-brouillon Mexico en 2006, puis la résurrection du chanteur dans les circonstances troubles que l'on a connues l'été dernier, il nous remet ça en pleine gueule et ressurgit ici avec toute la fougue qui est la sienne, son génie déjanté, ses côtés désordonné ou brillant, décapant (Lucie) ou touchant (Les moments parfaits — une de ses grandes chansons), déconneur une seconde, décodeur de la fragilité l'instant d'après. Mille excuses Milady s'inscrit en relative continuité avec La Vallée des réputations (2003). C'est donc bourré de chansons folk-pop intelligentes, de riffs de guitare irrésistibles (Recommencer, la pièce-titre), mais aussi d'imperfections, d'éparpillements et de «trop, c'est comme pas assez»: mais voilà, c'est du Leloup. Et Leloup se prend en tout, gros soleil dans les oreilles.

Guillaume Bourgault-Côté

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Rock'n'roots

Together Through Life

Bob Dylan

Columbia - Sony

Il semble bougrement bien dans sa peau burinée, le Dylan, 12 ans après le testamentaire Time Out of Mind. Depuis, le band de ses rêves l'entoure soir après soir, et ses disques, résolument trempés dans les musiques des racines de l'Amérique, du blues à la ballade de crooner, sont constamment réjouissants et relevés. Celui-ci est dans la naturelle foulée de Love & Theft et Modern Times, recyclage plus que jamais rafraîchissant de formes éprouvées (y compris un emprunt avoué à Willie Dixon). L'ambiance est à l'aisance bien plus qu'à l'urgence. S'osant tendre dans Life Is Hard comme il ne l'avait pas été depuis Lay Lady Lay (avec le parolier du Dead, Robert Hunter, pour complice), s'autorisant des moments particulièrement relaxants à la frontière du Mexique (avec le bon David Hidalgo de Los Lobos à l'accordéon, pour la touche tex-mex), Dylan traite même la ruine du monde avec un grain de sel dans It's All Good. Et il a raison. Comme chantait Hugues Aufray, va doucement, c'est tout bon.

Sylvain Cormier

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Chanson

Mes 50 plus belles chansons

Boby Lapointe

Mercury - Universal - Dep

Boby Lapointe est mort en 1972, à 51 ans, après avoir composé une cinquantaine de chansons. Ce triple disque de 50 titres n'est pourtant pas une intégrale, un spectacle au Théâtre des Capucines faisant partiellement doublon: n'empêche qu'il y a presque tout, presque tout ce qu'il faut. Ça semble peu, vous me direz, une oeuvre de 50 titres, mais c'est qu'elles comptent, les belles du barbu Boby. Normal, vu qu'il avait la bosse des maths (il a inventé un système de numérotation inédit, le bibi). Un génie, le Boby, célébré aujourd'hui plus qu'en son temps (même si le père Brassens, qui s'y connaissait, était fan fini). Un roi du calembour atroce qui sent bon la moule, qui distille des contrepèteries pétantes de santé, un champion pois chiche de l'allitération (il disait de lui-même qu'il était un «allitérophile»): Boby, c'est la loufoquerie élevée au rang d'art, et un pourvoyeur de tendresse à tous les détours de labiales. Et, qui plus est, un sacré souffleur d'hélicon. L'instrument qui rend moins con.

S. C.

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Classique

Weinberg

Quatuor à cordes (vol. 2):

Quatuors n° 7, 11 et 13. Quatuor Danel. CPO 777 392-2 (Naxos).

C'est au Quatuor Danel que l'on doit la plus éminente interprétation moderne des Quatuors de Chostakovitch, sur étiquette Fuga Libera. C'est chez CPO, où on a déjà enregistré la musique du compositeur turc Saygun, que l'on retrouve les musiciens belges pour un massif non moins important: une intégrale des quatuors de Mieczyslaw Weinberg. Ce second volume confirme l'étrange mimétisme entre la musique de Weinberg et celle de Chostakovitch, au point où le Quatuor n° 7, qui ouvre le disque, pourrait aisément se faire passer pour un opus inconnu de Chostakovitch. On relèvera par exemple, dans le 1er mouvement, la voix isolée qui cherche à se faire entendre sous une chape de plomb. Admirable considération cependant: cette oeuvre date de 1957, soit l'époque où Chostakovitch en était au sixième de ses quinze quatuors. On s'aperçoit donc que Weinberg n'est en rien «à la remorque» de son maître, mais évolue en parallèle. Incontournable pour qui s'intéresse à la musique russe.

Christophe Huss

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Monde

Liberté

Khaled

Universal / Dep

En 2004, le roi du raï avait annoncé ses couleurs avec Ya Rayi, son meilleur disque en une décennie. Et la tendance se maintient, puisque Liberté est peut-être encore plus marquant. Libéré de son image de grand chanteur de variété internationale, Khaled y chante de sa voix puissamment plaintive la liberté d'expression, l'amour et la mélancolie. Enregistré d'une seule prise avec Martin Meissonnier, le disque fait apparaître l'Oranais dans sa manière la plus organique. Non pas que les arrangements reflètent totalement un retour aux sources du raï, mais plutôt une façon de dégager l'organe, de pleurer la destinée, de laisser aller la mélopée et l'envolée lyrique, de donner de l'espace grâce à de longues intros qui permettent d'ornementer lentement avant le thème. Avec en prime, la langue arabe à profusion, les unissons des cordes cairotes, les rappels à la transe gnawa et cet à-côté sympathique avec Magic System en fin de parcours. Un vrai régal!

Yves Bernard

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Pop-rap

Jigsaw

Lady Sovereign

Midget - EMI

À peine majeure, la jeune rappeuse londonienne Louise Harman avait fait beaucoup jaser à ses débuts, en 2005 et 2006. Trois ans plus tard, son franc-parler et sa verve sont toujours au rendez-vous sur Jigsaw, mais la lady semble s'assagir. Après un passage sur la prestigieuse étiquette américaine Def Jam en 2006, Harman a retrouvé sur ce nouvel opus un complice de la première heure à la production musicale, Medasyn, et a fondé sa propre étiquette de disques. Ce retour aux sources marque la venue de pièces introspectives qui lui permettent de nuancer ses propos, mais cet effort, quoique louable, demeure simpliste et convenu (Jigsaw, Let's Be Mates). Malgré quelques efforts honnêtes (I Got You Dancing, I Got The Goods), le mélange de pop-rock et de grime, un sous-genre de hip-hop londonien, semble limiter l'innovation et la pugnacité qui lui avaient jadis permis de se démarquer. La rappeuse se produira au Club Soda de Montréal samedi soir, avec Hollywood Holt.

Étienne Côté-Paluck

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