Concerts classiques - La victoire des anciens

Intéressante juxtaposition, à deux heures d'intervalle, de deux visions de l'un des chefs-d'oeuvre de Haydn: un jeune ensemble réuni ad hoc et un quatuor constitué, jouant sur des instruments et avec des archets anciens.

Dans la mise en contexte de ce chemin de croix musical, les jeunes ont fait appel à l'actrice Judith Pelletier: elle énonce d'un ton digne et pénétré l'épigraphe, assorti de digressions d'une durée bien calibrée. Dans la proposition du Quatuor Franz-Joseph, Olivier Brault, premier violon, se contente de déclamer l'épigraphe avant chaque mouvement.

Le Quatuor Franz-Joseph a également choisi un court préambule, constitué des deux mouvements du Quatuor inachevé, op. 103, et une transcription de la mélodie Le Vieillard. La chapelle de Saint-Jean-Baptiste est bourrée et on doit rajouter des chaises. Les spectateurs ont fait le bon choix...

Le concert de 18h sert avant tout à exposer à quel point ce minutieux agencement de mouvements largo, grave, lento ou adagio est d'une difficulté redoutable. Tout est dans des micro-inflexions de phrasés, de nuances et de tempos. Dans Père, entre tes mains je remets mon esprit - Sonate VII, Haydn fait mettre des sourdines aux violons pour simuler la voix affaiblie du Christ agonisant. L'effet des sourdines est ici assez laid et certainement pas éloquent. Les jeunes musiciens font des efforts méritoires, respectent la musique, ses tempos, et (à peu près) ses notes. Mais cette musique les dépasse: il n'y a pas de place pour l'éloquence, car on souhaite principalement que les violons 1 et 2 prennent un temps pour s'accorder.

Pas de ça à 20h, avec le Quatuor Franz-Joseph: une vraie cohésion, de belles sonorités (et non un jeu desséché comme chez maints quatuors sur instruments anciens), c'est-à-dire les moyens musicaux de raconter une histoire. Les tempos sont assez soutenus dans une oeuvre qui, sous prétexte de souffrance, a connu nombre de dérives romantiques enlisées. Ferme et juste, intense sur le plan sonore, avec un contrôle dynamique finement étagé, l'interprétation culmine dans le plaintif Sitio (J'ai soif) et dans la dernière sonate, suivie du tremblement de terre. On suivra le Quatuor Franz-Joseph dans d'autres prestations haydniennes avec le plus grand intérêt.

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Les Sept Dernières Paroles du Christ (version quatuor)

Haydn; Jean-Hee Lee et Won-Hee Lee (violon), Jean-Philippe Tremblay (alto); Marianne Croft (violoncelle). Avec Judith Pelletier (récitante). Maison des Jeunesses musicales, mercredi 8 avril, 18h. Quatuor Franz-Joseph (Olivier Brault, Jacques-André Houle, Hélène Plouffe, Marcel Saint-Cyr), chapelle de l'église Saint-Jean-Baptiste, mercredi 8 avril, 20h.

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