Concerts classiques - Evgueni et son fantôme

On ne peut vraiment pas dire que le récital du pianiste russe Evgueni Sudbin ait été à la hauteur des attentes suscitées par son inoubliable concert d'octobre 2006. Cela existe, les jours «sans». Le Théâtre Maisonneuve est peut-être hanté cette semaine...

Durant toute la première partie, Evgueni Sudbin a paru ailleurs, parfois presque perdu. Dégâts mineurs dans Scarlatti: les trilles et appoggiatures de la Sonate K. 422 sont admirables, mais on sait que Sudbin est capable de bien plus de nuances. Il ne parvient pas à prendre la mesure dynamique de ce piano de Maisonneuve, qui, à nouveau, nécessitera un réglage substantiel à la pause.

La sonate de Haydn voit le fantôme de Sudbin à son plus somnambulique, au radar dans les transitions, errant dans le 3e mouvement. Il n'y a rien à retenir de cela. Dans Chopin, il s'accroche au piano, relève les nuances, joue stable et carré pour ne pas tomber dans le précipice.

Le fantôme s'évanouit et Evgueni en chair et en os nous revient après la pause. Rodage progressif dans l'Opus 20 n° 1 de Medtner, la vitesse de croisière étant atteinte dans le très rachmaninovien Opus 26 n° 1. D'ailleurs quand, en bis, à la fin du concert, Sudbin jouera sa transcription de la mélodie Eaux printanières, op. 14 n° 11 de Rachmaninov, la parenté avec Medtner sautera aux oreilles.

Dans Prokofiev, le fantôme s'est complètement évanoui. Evgueni Sudbin cadre le premier volet avec assurance, puissance et un dosage avisé de la pédale. Et c'est après que nous retrouvons enfin le grand artiste, le magicien: à partir de l'épisode central de l'Andante caloroso, où sonne le glas. Le pianiste ouvre des espaces, respire, se libère. Le Precipitato final sert alors d'ultime exutoire à ce rendez-vous qu'il sait manqué. Les grands artistes ont conscience de leurs failles et faiblesses.

Entre la sonate de Prokofiev, sa fulgurante conclusion et le rappel, Evgueni Sudbin a su se faire pardonner, et nous rappeler quel grand artiste il est. On en aura la confirmation pendant de nombreuses années encore .

L'an prochain, Pro Musica, qui a publié sa programmation, accueillera notamment de jeunes femmes violonistes: Chloe Hanslip, Veronika Eberle et Nicola Benedetti.

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PRO MUSICA

Scarlatti: Sonates K. 422 et 427. Haydn: Sonate en mi mineur Hob. XVI:34. Chopin: Mazurkas op. 7 n° 3, op. 24 n° 4, op. 33 n° 2 et op. 50 n° 3. Medtner : Contes op. 20 n° 1 et op. 26 n° 1. Prokofiev :Sonate n° 7. Evgueni Sudbin (piano). Théâtre Maisonneuve, mardi 7 avril 2009.

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