Concerts classiques - Nouveau logo, vieux démons

Ceux qui se prenaient à fantasmer que le Métropolitain soit devenu une sorte d'«OSM bis» auront connu hier soir un dur retour sur terre, avec la 7e Symphonie de Dvorák. Contrairement à ce qui arrive fréquemment, le premier concert de la série n'était pas un discret rodage en arrondissement, mais directement le rendez-vous de la Place des Arts, exposant dans la sèche acoustique du Théâtre Maisonneuve une somme de défaillances dans un niveau d'exécution qui était à peine celui d'une répétition générale.

On se doute bien que l'emploi du temps de celui qui est devenu en trois ans une jeune vedette montante de la scène internationale n'a plus la souplesse d'antant. Or le Métropolitain n'est pas de ces machines londoniennes blasées où le chef peut débarquer, constater que les choses sont peu ou prou en place et aller directement à l'interprétation.

Mauvais calendrier

Une telle soirée tombait particulièrement mal, le jour où le Métropolitain devenait une «marque à caractère distinctif», dans les termes de la direction générale (on suppose que «jouer faux et pas ensemble» n'est pas le caractère distinctif voulu) et changeait de logo. Le jour où Yannick Nézet-Séguin déclarait en substance «nous avons atteint des sommets; il nous faut voler vers d'autres», l'option B (non envisagée) étant d'essayer de ne pas redescendre. Le lendemain du jour, aussi, où l'OSM sous la direction du chef de l'OSQ avait joué cette même symphonie. La comparaison n'a pu se faire dans la même salle, mais la cause fut vite entendue... et à tous les pupitres — violons, violoncelles et cors en tête.

Dans sa vision, Yannick Nézet-Séguin est plus intéressant que Talmi dans la scansion et le tempo du 3e mouvement et la coda du Finale, où il maintient le poco animato sans inflexion. Il y a quelques détails éclairants (comme ce forte-piano aux altos, à la fin du 3e volet), loin de compenser les pertes d'influx et de tension dans les 1er, 2e et 4e volets. Cela ne peut être que meilleur dans les trois concerts restants.

Avant le Dvorak on a constaté que, même s'il choisit étrangement de ne pas séparer premiers et seconds violons, le flair haydnien du chef ne se dément pas, avec un admirable 2e mouvement de Symphonie «Surprise» soigneusement buriné; que Hong Xu joue le 3e Concerto de Bartok de manière décantée, sans chichis et avec application et qu'Éric Champagne, qui cherche à séduire le public, a trouvé une esquisse de mélodie qu'entrecoupée de déflagrations, il a répartie entre les instruments sur dix minutes. Il a le potentiel pour mieux faire.

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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN

Haydn: Symphonie n° 94,

«Surprise». Bartók: Concerto pour piano n° 3. Éric Champagne: Il était beau comme Rimbaud (2005). Dvorák: Symphonie n° 7. Hong Xu (piano),

Orchestre Métropolitain,

Yannick Nézet-Séguin. Théâtre

Maisonneuve, lundi 6 avril 2009. Ce soir à l'Église Saint-Sixte, demain à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, jeudi au Théâtre Outremont.

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