L'OSM au Centre Bell - Pour l'image

Photo: Jacques Nadeau

Le Centre Bell était rempli jusqu'au dernier rang pour accueillir l'OSM et Kent Nagano hier soir. Les 12000 spectateurs ont également pu entendre Hélène Desmarais annoncer la création d'une Fondation dotée de 39 millions de dollars capitalisés, dont les revenus permettront de solidifier les fondations économiques de l'orchestre. Les 2 millions récoltés lors de la seule soirée ont été investis dans la tournée européenne de ce mois-ci.

Sur le plan musical, l'opération séduction consistait en un concert d'extraits symphoniques spectaculaires, capables de convaincre un public large et inhabituel. Viendra-t-il un jour à la Place des Arts? C'est tout le défi à présent...

En audio et vidéo

À l'applaudimètre, c'est le dernier mouvement des Pins de Rome de Respighi, avec la fanfare du 34e groupe-brigade du Canada, qui a eu les faveurs du public. L'amplification, qui s'est ajustée pendant le 1er mouvement de la 5e de Beethoven, a fonctionné plus musicalement qu'au Colisée de Québec pour la 8e de Mahler.

Lorsque l'événement de ce concert au Centre Bell, rencontre entre l'OSM (75 ans) et le Canadien (100 ans) avait été annoncé, on devait y voir la juxtaposition des Glorieux, l'oeuvre de Dompierre, et de la 9e Symphonie de Beethoven. De la Neuvième - l'autre clou de la soirée - est restée la partie vocale du Finale, portée de manière impressionnante par 1500 chanteurs, mais agrémentée de quelques facéties du dispositif vidéo, telle la fumée sortant des oreilles de la basse ou Hulk-Nagano devenant tout vert au milieu du mouvement.

Des Glorieux ont subsisté trois des cinq mouvements: Hockey, Guerre et Gloire (oubliés Rêve et Défaite...) La narration a été totalement remaniée, pour coller davantage au phénomène de société que représente le hockey. Pierre Lebeau s'est parfaitement acquitté de la tâche de récitant, mais le «climax» - l'arrivée triomphale de Guy Lafleur, Pierre Bouchard, Stéphane Quintal et Dickie Moore - a été massacré par une rupture bruyante de la sonorisation et l'entrée ultime de treize «glorieux» a rendu inaudible la fin de l'oeuvre.

Bref, en l'occurrence, l'image, immortalisée par des photographes dûment canalisés, a remplacé le son et on préfère garder le souvenir de l'incandescente ferveur collective de la soirée de la création, le 20 février 2008 à la Place des Arts.

Opération séduction réussie cependant, devant une assistance métissée et des gradins copieusement garnis, car malgré les quelques pépins techniques la soirée, qui s'est terminée sur des décibels de musique pop et une ovation à l'annonce de la victoire à New York, été préparée très consciencieusement avec le souci de ratisser large. Nagano, champion du marketing musical, on le savait déjà.

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Collaborateur du Devoir

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