Vitrine du disque

Jazz-bossa / Quiet Nights - Diana Krall - Verve: Tranquille, tranquille, ce nouveau Diana Krall. Vraiiiiiiiment relax, comme dirait Marc Labrèche en imitant Christian Bégin. Sa bossa nova orchestrale teintée de jazz fait dans la balade en grosse cylindrée sur des routes désertes. On parle bagnole parce que bon, à l'époque de The Look Of Love (2001), Krall s'était transformée en vendeuse de chars en escarpins, et qu'il y a beaucoup de Look of Love dans Quiet Nights. Le même arrangeur est là, Claus Ogerman, qui a déjà travaillé avec Antonio Carlos Jobim; le même gros orchestre qui joue tout doux, un lit de cordes pour soirée romantique (ça sonne Sinatra, quand il travaillait avec... Ogerman). Et la même ambiance, avec un penchant bossa pleinement assumé. Tout ça est bien exécuté, produit, arrangé, le répertoire a du sens, Krall chante avec beaucoup de retenue... mais on a oublié l'âme en chemin. C'est plat, convenu et sans personnalité. On cherche en vain le petit vallon de la surprise, de l'émotion, du contre-rythme, du truc qui en met sur la peau. Et pour ça, vaut mieux retourner à The Girl in the Other Room (2004).

Guillaume Bourgault-Côté

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Folk-pop

The Soundstage Sessions
Stevie Nicks

Reprise - Warner

Ça m'arrive peu, tellement j'ai les années 50-60 constamment rafraîchies. Faut croire que j'ai négligé la période 1975-85, hormis Springsteen: voilà que je succombe à une attaque carabinée de nostalgie. Le formidable show de Fleetwood Mac ayant pesé sur le bon piton la semaine dernière, un ancien amour m'éclabousse: rebonjour Stevie Nicks, Bella Donna de mes 20 ans. Cette voix rauque, ces mélodies lancinantes, cette moue boudeuse, l'éternelle enfant-fleur californienne, tout me revient. Et opportunément, je reçois ce premier enregistrement de spectacle solo à vie, épisode des Soundstage Sessions un peu trop léché et retravaillé en studio, orgueil de la dame oblige, mais qu'importe. J'avoue, m'avoue vaincu: la mouture grand orchestre de Landslide, tendre et immense à la fois, caresse ma jeunesse perdue. Et ce bon chevelu de Waddy Wachtel, guitariste de la Linda Ronstadt des beaux jours et Xpensive Wino de Keith Richards, me ramasse dans son filet tissé de pickings magnifiques. Volupté.

Sylvain Cormier

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Rock

It's Blitz

Yeah Yeah Yeahs

DGC/Interscope

Le trio new-yorkais Yeah Yeah Yeahs, figure de proue du rock alternatif, a le don de nous déstabiliser. Déjà, aimer leur deuxième album Show Your Bones nous avait demandé plus de temps et d'efforts que pour Fever to Tell, leur disque initial, férocement efficace. Le groupe revient maintenant avec It's Blitz, une espèce de capsule spatiale remplie de claviers new wave qui n'est pas plus simple à apprécier. Avec ce troisième disque, dont la parution a été devancée après qu'il se fut retrouvé illégalement sur Internet, les YYY changent de peau, s'adaptent à l'époque, où les synthétiseurs sont rois. Oui, les pièces d'It's Blitz gagnent en complexité, en finesse et en douceur, mais au détriment de l'énergie brute — la marque de commerce du groupe. Si vous aimez les ballades rock, vous serez servis à souhait, mais les amateurs de guitares électriques devront se rabattre sur les bonnes Zero, Heads Will Roll et Dull Life. La chanteuse Karen O est toujours troublante d'authenticité, mais on s'ennuie déjà de ses cris capables de déchirer la nuit.

Philippe Papineau

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Classique

Monteverdi

Teatro d'Amore. L'Arpeggiata, Christina Pluhar. Virgin 5099923614024.

Voici le classique à l'ère de l'iPod et du téléchargement: Monteverdi reformaté en plages de trois minutes, quitte à couper le Lamento de la Ninfa et à le réintituler Amor. Quitte aussi à laisser croire que Monteverdi a inventé le jazz — Ohimè ch'io cado, plage 2, ma plus grande réserve du disque. Bref, ce CD a de quoi se faire haïr et de quoi faire grimper aux rideaux les puristes. Mais il y a quelque chose de difficilement discutable: ça marche! C'est que l'entreprise a été confiée à Christina Pluhar et ses amis de l'Arpeggiata. Ce premier disque chez Virgin confirme tout ce que l'Arpeggiata nous a déjà révélé chez Alpha — et notamment son historique Tarantella, l'une des dix grandes parutions de la décennie: une éradication des frontières entre le classique, le traditionnel et le populaire. L'alchimie merveilleuse de Tarantella se trouve intacte ici, dans une beauté capable de vous arracher des larmes dans un recoin de phrase de Pur ti miro (plage 3) servi par un duo magique: Nuria Rial et Philippe Jaroussky. Discutable mais fascinant, donc.

Christophe Huss

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Chanson

Mario Pelchat

Michel Legrand

Mario Pelchat et Michel Legrand

Musicor - Sélect

Ça voisine le sommet des classements, et pourtant, ce n'est jamais qu'une double manoeuvre. Légitime chez Pelchat, navrante chez Legrand. D'un côté, c'est un chanteur de charme local qui saisit la chance d'une vie, l'occasion d'être associé à une légende vivante de la chanson française et d'interpréter les immortelles de cette dernière en son illustre compagnie, et de l'autre, c'est un prolongement de carrière indu, sous prétexte d'un projet de tandem, d'allure certes prestigieuse ici, mais qui n'intéresserait pas un seul chanteur valable en France. Le grand Michel Legrand des Moulins de mon coeur et de L'Été 42, maître en jazzy swing de Nougaro et Vian, s'accroche à la scène et s'évertue à chanter, bien qu'époumoné, et c'est gênant. Et c'est triste, parce que, au piano, Legrand a encore de l'allant. L'interprète Pelchat, lui, n'est pas moins ampoulé parce qu'il a soigné la facture de l'objet, et Legrand doit bien le savoir. Et l'invitée Dionne Warwick aussi. Ou alors ils sont tous sourds. Exprès.

S. C.

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Monde

Maytiss

Maytiss

Productions Mood, www.maytiss.ca

Le phénomène est celui d'une musique qui, à l'image de cette jeunesse issue de l'immigration ou qui arrive de partout, s'ouvre à tous les apports. Danny Dauphin, le leader de Maytiss, en sait quelque chose. Fils de Roro d'Haïti, qui fut l'un des pionniers de la musique rasin urbaine il y a deux décennies, il pousse encore plus loin l'oeuvre démarrée par son père. Une forte base de roots, du chant tribal en électro, des rythmiques afro-antillaises en évidence, du lounge doucement martelé sur un dulcimer, du folklore créole en house, du plus intime. Et du reggae percuté rapidement, décliné en spoken word, livré à la flûte, mélangé au ragga, chanté en créole et en multilingue. Dans cette histoire métisse se côtoient aussi la parole innue de Joséphine Bacon et le slam de Fabrice Kofi. Ce premier disque, au son souvent terreux, apparaît comme une carte de visite d'un artiste inspiré qui ne manque pas d'idées. Et le meilleur est à venir.

Yves Bernard

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