Concerts classiques - Simple et beau

Un mois après le très remarquable Don Giovanni de l'Université de Montréal, mené de manière plus qu'admirable par le tandem Benoît Brière et Jean-François Rivest, l'Atelier de l'opéra de Montréal s'attaquait à Così fan tutte.

Que pouvait-on attendre de plus? Des voix plus aguerries par quelques années de formation et d'expérience supplémentaires. C'est exactement ce qu'on a eu lors de ce spectacle, avec la confirmation de quelques valeurs très sûres. En tête, Stephen Hegedus, baryton-basse qui s'était qualifié pour la finale d'Opéralia, le concours de Placido Domingo. Il a l'étoffe d'un professionnel promis à une remarquable carrière.

On attendait beaucoup de la première vraie apparition de Marianne Lambert après son succès au Concours de Marmande. Elle a été une Despina délurée, vocalement parfaite, prête, là aussi, à un engagement sur n'importe quelle scène dès demain. Le duo Caroline Bleau-Mireille Lebel (Fiordiligi et Dorabella) est bien assorti. Voilà deux chanteuses sûres et solides, même si Bleau apparaissait fatiguée dans le dernier quart de l'opéra.

La solidité est aussi la caractéristique de Pierre-Étienne Bergeron, mais je m'interroge toujours sur son «après-Atelier», car son type de voix est assez courant et, dans le même registre et sur le marché, tant Étienne Dupuis que Joshua Hopkins ont plus d'ampleur et d'aura. David Menzies, ténor invité de l'Université McGill, a confirmé le manque criant de ténors légers à l'Atelier. Menzies, fin musicien, reste toujours lesté d'un problème majeur: son timbre de voix, ou la manière dont on tente de la distribuer. Ferrando était aussi peu dans ses cordes que son «Male chorus» dans Le Viol de Lucrèce à McGill cette année.

La différence avec l'Université de Montréal était surtout audible à l'orchestre, parfois désespérément faux avant-hier. Paul Nadler a expédié les affaires courantes à la tête de ce fruste instrument, alors que François Racine délivrait une mise en scène simple et efficace, laissant entrevoir les fêlures profondes des quatre personnages face à Don Alfonso, et Despina tirant les ficelles sur un registre comique. Décorum efficace, magnifiquement éclairé.

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Così fan tutte

De Mozart.

Opéra de Montréal. Caroline Bleau (Fiordiligi), Mireille Lebel (Dorabella), Pierre-Étienne Bergeron (Guglielmo), David Menzies (Ferrando), Marianne Lambert (Despina), Stephen Hegedus (Don Alfonso), Orchestre de la Francophonie canadienne, Paul Nadler.

Mise en scène: François Racine.

Monument-National, mercredi 1er avril. Reprise demain avec la même distribution.

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