Concerts classiques - Classique amplifié

Après un rendez-vous manqué il y a deux ans, Yefim Bronfman se retrouvait enfin sur la scène de la Salle Wilfrid-Pelletier pour le Deuxième Concerto de Brahms, histoire de nous remettre en mémoire ce qui différencie un pianiste doté d'une vraie substance sonore d'un habile «toucheur de clavier».

Bronfman n'a pas failli à la tâche, avec un son rond et ample qui naît de la puissance de l'ensemble du corps. Mais il y a mieux: l'intransigeance musicale. Il aurait fallu David Zinman ou Marek Janowski au pupitre, hier soir, pour relayer le «vrai Brahms» que Bronfman avait dans les doigts, notamment dans le premier mouvement, où le pianiste, contrairement à la très large majorité de ses collègues, ne ralentit pas, histoire de «faire grandiose». Dommage que les répliques orchestrales menées par Kent Nagano, sonnaient si «traditionnelles», induisant une légère inertie. Les choses se sont placées par la suite, notamment dans le 3e volet, très fluide et le Finale, habilement étagé entre l'allegretto grazioso du mouvement et le poco piu presto de sa dernière partie.

En seconde partie, Nagano dirigeait Avodath Hakodesh, «oratorio juif» selon les mots de son compositeur Ernest Bloch. Ce dernier visait, nous rappelle Dujka Smoje, un «poème cosmique», ambition proche, donc, du panthéiste Mysterium (inachevé) de Scriabine, effets visuels en moins.

En fait d'universalité, on entend surtout de grands à-plats hymniques récurants, qui vont crescendo à partir d'un substrat sonore de cordes graves, (méditation), parfois éclairé de bois ou d'une trompette (espoir). L'exaltation de la fin des 2e et 3e des cinq mouvements est efficace, mais le petit bijou au sein de cette oeuvre assez lassante me semble se nicher dans la dernière partie du 4e volet, une vraie trouée lumineuse lors de l'évocation de l'arbre de vie («Eitz Chahim...»).

Au chapitre de la réalisation, on savait que certaines choses étaient parfois amplifiées à Wilfrid-Pelletier et à Maisonneuve. Elles l'ont rarement été aussi grossièrement que les voix des solistes hier soir. Maintenant que Kent Nagano s'est pris de passion pour les oeuvres chorales oubliées, on attend impatiemment Amarus de Janacek, la Messe du champ de bataille de Martinu et Une Cantate de Noël de Honegger, vrais chefs-d'oeuvre, eux.

***

SOIRÉE SIGNATURE

Brahms: Concerto pour piano n° 2. Bloch: Avodath Hakodesh (Service sacré). Yefim Bronfman (piano), Thom King (baryton), Sherrill Milnes (récitant),

Orchestre symphonique de Montréal, dir. Kent

Nagano. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 31 mars 2009.

À voir en vidéo