Jazz - La fête de Chicago

C'est la fête. Y' a de la joie, de la sensualité, de la rigolade et même un ou deux soupçons d'agacement. Voilà: la réincarnation de Dreyfus Jazz, dont on a décliné la semaine dernière les avantages notamment pécuniaires, s'est traduite par l'apparition, et non la réapparition, d'un album jamais distribué jusqu'alors de ce côté-ci de l'Atlantique. De qui s'agit-il? The Art Ensemble of Chicago.

Intitulée Coming Home Jamaïca, cette production, c'est la bande de Chicago moins un. Oui, oui, c'est Lester Bowie, le trompettiste gracieux et virulent, Roscoe Mitchel, le saxophoniste démultiplié, l'archéologue des flûtes indiennes et le plombier des sonorités extraites des coquillages africains, Malachi Favors, le contrebassiste qui lie les aventures de ses complices et le percussionniste paresseux, et enfin Famadou Don Moye, le batteur qui passe des timbales aux congas, des bongos aux tambourins, des clochettes au bendir. Le moins un?

Le moins un est en fait un homme qui s'appelle Joseph Jarman. Lorsque les camarades de Chicago ont amorcé ce retour en Jamaïque, Jarman accordait son temps, tout son temps, à l'étude du zen et de l'aïkido. Disons qu'il a tellement analysé ces traits asiatiques qu'il est aujourd'hui prêtre machin-chose et ceinture noire de «l'ail-qui-d'eau».

Ils étaient donc quatre. Et comme ils l'ont toujours fait, toujours réalisé, ils sonnent comme vingt. Encore là, on est pondérés. Parce que de temps à autre, on a la certitude que leur charge à la hussarde est menée par une quarantaine. Il faut dire qu'à l'instar du très regretté Roland Kirk, leur maîtrise des techniques de respiration était unique.

Comme d'habitude, comme dans les Stances à Sophie, Nice Guys, Art Ensemble of Soweto, Urban Bushmen, People In Sorrow, Full Force, Dreaming of the Masters et autres disques, ils nous proposent leur lot de magie jazzée à la sauce africaine, mais jamais noire. Comme d'habitude, ils éveillent notre curiosité et l'aiguisent dans ses moindres recoins.

Surtout, ils nous font voyager au sens le plus terre-à-terre, le plus géographique du terme. La côte de Bamako est en vue? Va pour flûtes, les cloches de chèvre, les peaux tendues du Sénégal. On est en Jamaïque? Va évidemment pour le reggae. On veut saluer le travail du trompettiste Malachi Thompson? Va pour le décapage des neurones et l'improvisation dite libre.

C'est beau. Bonté divine, que c'est beau! Même si ici et là, ils agacent avec leur «very-free-jazz», ça reste beau. Chez eux, rien n'est convenu, tranquille ou propre à rassurer le bourgeois. Ils explorent constamment. Parfois, ils déclinent leur rage avant d'accomplir l'arpentage du désert des Tartares. En 1969, ils étaient l'avenir du jazz. Ils le demeurent.

P.-S. Coming Home Jamaïca est disponible seulement chez Archambault. Le prix: 12 $.

En rafales

La société Distribution Fusion III et d'autres avec elle ayant sombré, on assiste bien évidemment à une réorganisation de la fonction distribution d'autant plus complexe à suivre que les technologies dites nouvelles ajoutent au coefficient de difficulté. Toujours est-il que Fusion ayant fermé boutique, d'autres ont repris le relais. En partie, il va sans dire.

Bon. Ceux parmi les amateurs qui apprécient l'esthétique développée par les étiquettes françaises Nocturne et Label Bleu ainsi que l'américaine High Note seront heureux d'apprendre que S.R.I. de Toronto va s'occuper de leur catalogue, avec le soutien de la firme Six-Media-Productions que dirige le plus qu'efficace Simon Fauteux. Ce dernier va s'occuper de la promotion de ces étiquettes au Québec.

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Dans la série Masada Book produite par John Zorn et publiée par Tzadik, on propose depuis peu les compositions de ce dernier, revues et corrigées par le trio formé par John Medeski au piano et à l'orgue, Chris Wood à la contrebasse et Billy Martin à la batterie. On se rappellera que le jeu tout en nuances, tout en sensibilité de Medeski, y est pour beaucoup dans le succès de Bar Kokhba. Et alors? Le manque de conviction du trio atténue — hélas! — les qualités des pièces écrites par Zorn.

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Supposons que vous envisagez un voyage de New York. Et alors? Le dernier numéro de JazzMan vous sera précieux. En effet, la rédaction de ce mensuel vendu à 8,50 $ a consacré un dossier spécial à la scène new-yorkaise du jazz. Les adresses des clubs de Manhattan mais aussi de Brooklyn, des librairies spécialisées, des disquaires qui ont la fibre jazz, etc. Tout, ou presque, y est.

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Disons que vous envisagez un voyage à Paris. Et alors? Le Musée du quai Branly propose une exposition baptisée Le Siècle du jazz. Les tableaux ou affiches de Van Donogen, Matisse, Kupka, Mondrian, Basquiat, Pollock côtoient les pochettes de disques de The Verve, Columbia et autres. Fin de l'expo: 28 juin.

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