Vitrine du disque

Classique: Haydn/Symphonies n° 41, 44 et 49. Arion, Gary Cooper. Early-Music EMCCD 7769. Symphonies n° 57, 59 et 65. Heidelberger Sinfoniker, Thomas Fey. Haenssler 98526 (Allegro): Difficile de vendre 20 $ un disque isolé de symphonies de Haydn, alors que l'intégrale Decca d'Antal Dorati est proposée à 70 $ les 33 CD. Pis encore: cette intégrale Dorati est exceptionnellement bonne! Gary Cooper et Thomas Fey vont donc avoir bien du mal en magasin pour rallier des amateurs. Hélas pour eux, car leurs disques, qui tous deux illustrent la période dite Sturm und Drang (Orage et passion) de Haydn, sont remarquables. Gary Cooper avait déjà séduit en concert à la tête d'Arion dans ces oeuvres. Le CD ne fait que confirmer la réussite, d'autant que la balance sonore est bonne, sans mise en relief trop accentuée du clavecin. Les violons d'Arion suivent bien les tempos rapides et l'accentuation mordante du chef. Là où Cooper est mordant, Fey est carrément fou. Les timbres de ses violons sont parfois un peu émaciés, mais l'énergie foudroyante de sa direction laisse pantois.

Christophe Huss

***

Monde

Against the Day

Land of Kush

Constellation Records

Après avoir plongé dans les sphères du rock, du punk, du jazz, du psychédélisme astral et de plusieurs autres musiques libres, après Eid, le disque qui lui a permis de revisiter la pop arabe moderne, revoici Sam Shalabi en grand orchestre avec une trentaine de musiciens. Le projet s'inspire fortement d'Against the Day, une oeuvre de Thomas Pynchon qui relate une période de la découverte de l'électromagnétisme. Dès le début, les fils se touchent et provoquent des effets contraires, entre des climats sales et aériens. Puis, dans les pièces suivantes, des combats apparaissent entre la langue anglaise et les modes arabes, les gammes tempérées et le free, la douce mélopée et le free jazz. Tout cela avec une panoplie de cuivres, de percussions, de cordes, de la guitare et même de l'oud. Il s'en dégage un effet saisissant et paradoxalement apaisant durant de longs moments. La magie de Shalabi opère encore. À voir à la Sala Rossa les 23 et 24 mars.

Yves Bernard

***

Folk-rock

Lost Channels

Great Lake Swimmers

Nettwerk

Ce cultissime groupe ontarien est la preuve en quatre albums qu'une sensibilité canadienne existe, pour ne pas dire une culture. L'oeuvre des Great Lake Swimmers, en effet, n'est pas que musicale: elle est géographique. Pour cet album-ci, c'est l'exploration de la région des Mille-Îles qui fournit la matière. Tout est enregistré sur place, dans des églises, des salles communautaires, des usines désaffectées, des ruines modernes et des lieux célébrés (dont le fameux Singer Castle). Et ce n'est pas du tourisme: on fait résonner les âmes, celles des vivants comme les errantes. Cela s'exprime en mandolines mystérieuses, en harmonies vocales diaphanes, en guitares délicatement ou vigoureusement grattées, en banjo à la Neil Young. En folk-rock planant et magnifique, pour résumer. Comme quoi tout est question de regard: le chanteur-auteur-compositeur Tony Dekker et les siens observent, s'imprègnent et traduisent. Ça donne furieusement le goût d'aller là-bas, avec le disque jouant en boucle dans le lecteur.

Sylvain Cormier

***

Classique

Mendelssohn

Concerto pour violon n° 2. Trio(s). 2 versions: Anne-Sophie Mutter, Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, Kurt Masur. DG 477 8001. Leonidas Kavako, Camerata Salzbourg. Sony 88697433032.

Curieusement, les deux nouvelles versions du fameux Concerto pour violon en mi mineur de Mendelssohn associent cette oeuvre avec un ou les deux Trios. Anne-Sophie Mutter donne une version somptueuse et nostalgique du concerto, très loin de ses élucubrations vulgaires dans la même oeuvre à Montréal. Le son de Kavakos est plus aiguisé et moins moelleux, mais la musicalité impeccable s'allie à une justesse stylistique rare. Ce sont les compléments chambristes qui départagent les deux albums, avec un avantage déterminant à Kavakos. Mutter a choisi une sonate pour violon et le 1er Trio; Kavakos les deux Trios. Mutter, Harrell et Previn jouent la musique de chambre de Mendelssohn avec une lourdeur de mauvais Brahms. Le vibrato de la violoniste est outré, le piano minaude et la prise de son est grosse et colorée. Kavakos, Demenga et Pace sont plus légers, plus mordants.

C. H.

***

Monde

Opre Scena - Best of

Les Yeux noirs

Zig Zag / SRI

Durant les années 1990, la formation parisienne des frères Slabiak, tous deux violonistes, paraissait beaucoup trop académique pour prétendre aspirer aux enivrements de la musique de l'Europe de l'Est. Or, en 2000, tout bascule pour le mieux, alors que les Slabiak plongent dans l'urgence du rock, ajoutent et libèrent la batterie et la basse, tout en préservant un riche répertoire qui plonge à la fois dans les cultures yiddish et tzigane, reflet de la condition de deux peuples qui ont subi les affres de l'Holocauste. Et voilà que l'on redécouvre même la tristesse lancinante de leur violoncelle, leur cymbalum galopant, leurs voix bellement plaintives. Ce double disque permet de tout comprendre: un premier enregistré à Aix-les-Bains en 2007 qui fait entendre le caractère plus mordant et plus free du groupe; puis une compilation de leurs cinq disques studio qui refait apparaître la finesse des arrangements. Le meilleur des deux mondes.

Y. B.

***

Americana

Greatest Hits

Glen Campbell

Capitol - EMI

Sur les talons incrustés d'émeraudes de Meet Glen Campbell, le bel album de reprises qui a remis sur les rails le digne fils de l'Arkansas l'an dernier, revoici les essentielles de ses années 60 et 70, soigneusement nettoyées, sainement aérées, agréablement rafraîchies, tout juste assez élargies dans le spectre sonore pour remplir les oreilles et l'horizon. Campbell est le Patrick Norman des Ricains (ou est-ce le contraire?), le grand bâtisseur de ponts entre pop et country: Cowgirl dorée, version originale, c'est lui. Southern Nights itou. Mais c'est sa fabuleuse série de succès de 1968-69, Gentle on My Mind, Try a Little Kindness, mais aussi et surtout le tour du chapeau de cow-boy du génial auteur-compositeur Jimmy Webb — Galveston et Wichita Lineman (ah! ce solo de guitare!) — qui lui valent le respect absolu dans mon livre. Ce disque vous durera une vie, résistera à un million de millions de ballades en auto, magnifiera tous les paysages. Le meilleur de l'Americana grand public.

S. C.

À voir en vidéo