David Marin au Lion D'Or - Travail de terrain

Il avait raison, David Marin, je le constatais hier à sa première montréalaise au Lion D'Or: tout restait à faire. Pourtant, presque jour pour jour l'an dernier, il étalait sa drôle de face longue à la une du cahier Expresso de La Presse, et on se disait que ça y était. Sinon la consécration, à tout le moins la caution. Tout allait s'ensuivre, son premier album À côté d'la track allait trouver la voie d'accès jusqu'à chez vous. À tous le moins chez quelques-uns d'entre vous, qui le claironneraient autour, et bientôt, les multitudes prendraient le train en marche.

Eh non. C'est resté relativement confidentiel. Tout le monde ne peut pas être Coeur de pirate. «Ça va retomber, assurait-il en ces pages, pas pessimiste mais pas énervé non plus. Ça va revenir au travail de terrain.» En effet. Hier, si la petite cohorte de ses inconditionnels lui avaient rempli la place (et justifié une supplémentaire le 18 avril au Cabaret Juste pour rire), David Marin était en mode démonstration de lui-même en deux parties avec rappel. Défiant la description facile et renvoyant les étiquettes chez le fournisseur d'étiquettes. Folksinger caustique? Chansonnier halluciné? Grand Duduche de la rime ironique? Sorte de Richard Desjardins à tête de Fred Pellerin qu'aurait bouffé du Stephen Faulkner déchaîné pour déjeuner? Genre de Daniel Boucher (dans les énumérations), manière de Fred Fortin (pour le côté insaisissable), espèce d'orignal à panache invisible?

Rien de tout ça, bien sûr, et un peu tout ça en même temps. Une fois que je vous aurai dit que c'est un grand efflanqué un peu penché sur son instrument, hilare un instant, émouvant l'instant d'après, à la fois portraitiste de société en pied (Le Bureau), raconteur patenté du quotidien décalé (Lundi matin), et pas qu'un peu amateur de mots amalgamés (Tournanron, Mekjmetane), je serai encore loin de la vérité.

Je m'en rapprocherai un peu en disant ce désir que j'ai eu à chaque chanson hier: tout noter, pour tout citer. Ça pétillait d'intelligence quand ça ne me renversait pas de sensibilité, parfois dans la même phrase. Un exemple, dans Pour un dix: «Sur son nez mon nez croule, sa main glisse / Vers ma plus grande cicatrice». Je m'en approcherai un peu plus en disant qu'avec Robbie Kuster aux percus et Denis Ferland aux guitares, ça modulait en grand, et ça atmosphérait méchamment. Pour le reste, faudra constater par vous-même. Il me faudrait de nouveaux mots.

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Collaborateur du Devoir

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