Thomas Hellman au Club Soda - Trouver son public

Sur le dernier disque de Thomas Hellman est apparu dans les dernières semaines un collant rouge bien voyant: vous achetez l'album, et vous entrez gratis au Club Soda le 18 mars.

On s'est dit deux choses devant cette offre. Soit que Spectra est soudainement très généreux, soit que ça va mal côté ventes. Et de fait, après les quelque 8000 copies vendues de L'Appartement (2006), son premier «vrai» disque, Thomas Hellman subit aujourd'hui les effets d'une industrie qui file un très mauvais coton. Quatre mois après sa sortie, seuls 2500 exemplaires de Prêts, Partez ont été vendus, parole de Spectra. Dommage, car le gars mérite mieux qu'un succès confidentiel.

Le Club Soda était tout de même plutôt plein hier soir pour la rentrée montréalaise de Hellman. La faute au collant rouge de l'album, peut-être, ou sûrement davantage à la bonne réputation scénique de l'auteur-compositeur-interprète.

Et si le public était un peu bigarré — le danger des offres trop largement offertes —, pas toujours attentif en début de soirée, Thomas Hellman a fini par le mettre dans son case de guitare en une vingtaine de chansons joliment balancées, solidement interprétées et généralement plus musclées que dans leurs versions originales. C'était là un public qu'il fallait aller chercher, du magasin de disque jusqu'à l'approbation en salle. Hellman l'a fait.

Prêts, Partez nous avait laissé sur notre faim: trop poli et écrit. Mais c'est sur scène que l'art chansonnier de Hellman trouve tout son intérêt, sa force et sa particularité. Question de présence, de charme, d'énergie investie, question d'une voix qui occupe l'espace en profondeur et captive l'oreille.

Et c'était patent hier soir: Prêts, Partez était envoyée dans les dents dès l'entrée, 2 O'Clock avait toute l'énergie Waits qu'on attend d'elle, Le Temps efface tout était plus sentie (peut-être parce que dédiée à Bashung), le spoken word de La jeunesse avait du Ferré ou du Bori dans le ton, la Chambre de Marina explosait de sensualité. Ce fut donc le Hellman qu'on aime, passionné, libre, efficace, moins intello et plus incarné. En somme: pleinement convaincant.