Festival de Lanaudière - Le père Lindsay laisse derrière lui un héritage solide

Les témoignages d’amitié et d’admiration à l’égard de la figure légendaire du père Lindsay, emporté mardi à l’âge de 80 ans par une infection fulgurante contractée à la suite d’une opération, ont continué d’affluer hier.
Photo: Les témoignages d’amitié et d’admiration à l’égard de la figure légendaire du père Lindsay, emporté mardi à l’âge de 80 ans par une infection fulgurante contractée à la suite d’une opération, ont continué d’affluer hier.

Si la mort du père Lindsay a créé une onde de choc, doublée d'une grande tristesse dans le milieu musical, tous ceux qui l'ont connu estiment que son immense héritage, notamment le Festival de Lanaudière et le camp musical pour les jeunes, lui survivra et perpétuera son insatiable passion pour la musique classique.

«Le père a toujours été pour moi, et pour des milliers de jeunes, un guide, un phare. C'était un rassembleur», a commenté hier la violoniste lanaudoise Angèle Dubeau, révélée à l'âge de 16 ans par le Festival de Lanaudière.

Ancienne campeuse de la colonie de vacances à vocation musicale fondée en 1967 par le père Lindsay, Angèle Dubeau rappelait ainsi hier sur les ondes de Radio-Canada que ce dernier l'avait accompagnée au piano dès son premier concert à l'âge de cinq ans, et dans plusieurs autres étapes marquantes de sa formation par la suite. «Il m'a aussi emmenée à New York pour y entendre des concerts au Carnegie Hall et au Metropolitan pour me préparer à une carrière musicale. J'ai été surprise de voir que, même là-bas, tout le monde le connaissait!», a-t-elle raconté.

Les témoignages d'amitié et d'admiration à l'égard de la figure légendaire du père Lindsay, emporté mardi à l'âge de 80 ans par une infection fulgurante contractée à la suite d'une opération, ont continué d'affluer hier.

Le pianiste Alain Lefèvre, devenu il y a trois ans ambassadeur culturel du Festival de Lanaudière, était encore ébranlé par la disparition subite de ce monument du monde musical québécois, de qui il s'était beaucoup rapproché dernièrement.

Au terme du concert-hommage qu'il avait donné le 8 mars dernier en l'honneur du père Lindsay, Lefèvre soutient que les deux hommes, habités par la même fougue quand il s'agissait de «transmettre la passion de la musique aux jeunes», s'entendaient «comme les deux doigts de la main».

«Il était encore prêt à entamer plein de projets dont nous avions commencé à parler. Il voulait trouver des façons de faire venir au camp musical des grands noms de la musique», a dit le virtuose.

Si le Festival de Lanaudière a perdu sa figure de proue et «son entité rassurante», Alain Lefèvre a pleinement confiance dans les capacités de l'organisme de survivre à cette perte.

Pérennité et esprit

Le directeur général du Festival, François Bédard, encore sous le choc de ce décès inattendu (il lui avait parlé à sa sortie de l'hôpital lundi dernier), a affirmé que le père Lindsay avait su mettre en place au cours des ans les éléments qui vont assurer la pérennité tant du Festival que du camp musical.

«La 32e saison est prête, la constance artistique sera maintenue et même si on perd notre figure de proue, le legs du père Lindsay est impérissable», a-t-il dit.

Il a rappelé l'énorme influence qu'a eue le célèbre père mélomane auprès de milliers de jeunes, notamment par la création du camp musical qui continue, après 42 ans, d'accueillir bon an mal an 500 campeurs par été au domaine du lac Priscault. «Il a fait fleurir des carrières et offert une manifestation culturelle de haut calibre durant 32 saisons. On ne soupçonne pas l'influence qu'il a eue auprès de plusieurs générations de musiciens», a-t-il dit, rappelant que le Festival d'été avait aussi permis d'entendre des grands noms de la musique classique tels Maxim Vengorov, Itzhak Perlman, l'orchestre de Saint-Martin-in-the-Fields et Cecilia Bartoli.

Mêmes échos de la part de Rémi Lapointe, directeur du camp musical de Lanaudière, qui affirme que la survie de ce camp réputé n'est aucunement menacée par la mort de son fondateur. «Même s'il était l'âme de ce camp et une figure irremplaçable, le camp va continuer avec tout son esprit», a-t-il dit.

Hors frontières

À Québec, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, et le ministre responsable de la région de Lanaudière, David Whissel, ont tous deux salué l'héritage laissé par l'homme. «C'est un véritable monument de la musique québécoise qui s'est éteint hier [mardi]. Par son inspiration, sa force de travail et son dévouement total pour démocratiser et faire connaître la musique au plus grand nombre, le père Lindsay [...] a permis à des milliers de personnes au Québec de découvrir l'extrême beauté d'une musique parfois oubliée», a déclaré Mme St-Pierre.

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a aussi rendu hommage hier, par voie de communiqué, à cette figure emblématique de la musique classique et à son festival, «aujourd'hui reconnu comme le plus important festival de musique classique au Canada» dont «le rayonnement déborde largement nos frontières».

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