Concerts classiques - Et de trois!

Il aura fallu Haydn, Beethoven et l'adjonction d'un orchestre pour que le public se déplace enfin. Le Théâtre Maisonneuve était fort bien rempli pour ce troisième concert de la série spéciale du 60e anniversaire de Pro Musica. Et les présents avaient raison.

Bernard Labadie attaque la soirée avec la Symphonie «Londres» et de très bonnes idées dans l'agencement de la scène. Les bois sont sur un petit promontoire central et l'équilibre avec les cordes s'en ressent positivement. Pour qu'ils ne «trouent» pas l'orchestre, la trompette et les cors sont en arrière des altos, au même niveau. Seul regret: la timbale aurait été plus à sa place — car plus dégagée — sur la droite, d'autant que le timbalier semble compétent mais timoré.

Comme à son habitude, Labadie défend l'idée d'un Haydn très mordant, sans vibrato, mais doté d'une tonicité dans l'accentuation qui fait plaisir à entendre. Mon seul point de désaccord est le tempo un peu trop vif et la scansion trop lisse du Menuet. Le Menuet haydnien est plus bourru et rupestre à mon sens, même dans une symphonie aussi urbaine.

Le Concerto en ré déconcerte d'un premier abord: le piano est beaucoup trop gros sur le plan sonore. Le jeu léger et délié, l'humour de Marc André Hamelin font qu'au bout du compte le défaut n'est pas trop rédhibitoire. Caractéristique principale de cette interprétation: l'incroyable cadence du mouvement lent, qui ouvre des horizons insoupçonnés. Elle est de Wanda Landowska: on peut l'entendre sur le disque de la claveciniste, enregistré en avril 1937 avec Eugène Bigot. Cette résurrection valait à elle seule le concert, même si l'on aurait bien aimé entendre Hamelin jouer cela au pianoforte.

Après la pause, Beethoven et une ouverture Coriolan, cravachée comme par le grand Charles Munch. La vision de Labadie gagnera une vraie stature avec une timbale moins anémique, une mise en relief moins obsessionnelle des premiers violons et une plus grande assise sonore des violoncelles et des contrebasses. Dans le 3e Concerto, nous restons hantés par l'interprétation de Radu Lupu, il y a trois semaines. Marc-André Hamelin joue l'oeuvre de manière plus détachée, plus classique. Le second mouvement est pourtant étonnamment mesuré et romantique. À l'ovation du public, le pianiste répond par une Fantaisie de Haydn jouée à nouveau avec un salutaire humour et un délié admirable.

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PRO MUSICA

Carte blanche à Marc-André

Hamelin. Le concertiste. Haydn: Concerto pour piano en ré.

Symphonie n° 104, «Londres». Beethoven: Coriolan, ouverture. Concerto pour piano n° 3. Marc-André Hamelin, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, vendredi 13 mars.

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