Un théâtre musical pour Les Belles-soeurs

Daniel Bélanger, René Richard Cyr et Michel Tremblay
Photo: Pascal Ratthé Daniel Bélanger, René Richard Cyr et Michel Tremblay

Les Belles-soeurs de Michel Tremblay auront droit à un tout nouveau cadre en 2010: Daniel Bélanger et René Richard Cyr se sont chargés d'en faire un théâtre musical. L'idée a intéressé Loto-Québec, qui mettra 600 000 dollars pour assurer trois ans de tournée à la pièce. Détails d'un projet rare.

Très gros noms et très gros budget pour une pièce gigantesque: Les Belles-soeurs auront droit l'an prochain à un méchant «party» de collage de timbres, nouveau genre. Le classique de Michel Tremblay entamera de fait une nouvelle — et longue — vie sous la forme d'un théâtre musical concocté par Daniel Bélanger et René Richard Cyr.

Il y avait foule à la conférence de presse convoquée hier matin pour dévoiler les grandes lignes de ce projet préparé dans un secret absolu. Foule, parce que l'avis de convocation faisait état d'un mystérieux «projet d'envergure» réunissant le metteur en scène René Richard Cyr, l'auteur-compositeur-interprète Daniel Bélanger et le dramaturge Michel Tremblay. Et foule aussi parce que c'est Loto-Québec qui invitait.

Le lien? La société d'État investira 600 000 dollars pendant les trois prochaines années (par tranches de 200 000 dollars) pour appuyer la création et la diffusion de ce spectacle. Une alliance pas dénuée de sens, diront certains: c'est dans Les Belles-soeurs qu'on entend la fameuse «Ode au bingo». Mais au-delà du clin d'oeil, le partenariat est unique en ce sens qu'il ne cible qu'une seule production et s'étire sur une longue période.

L'occasion? Les Belles-soeurs ont eu 40 ans en 2008, et tant Loto-Québec que le Théâtre d'Aujourd'hui — où sera créée la pièce en mars 2010 —fêtent cette année ce même anniversaire. On se paie donc un gros gâteau à trois étages.

Après le Théâtre d'Aujourd'hui, Belles-soeurs (on laisse tomber l'article pour différencier les deux pièces) ira au Centre culturel de Joliette. La production voyagera par la suite un peu partout au Québec — on n'a pas donné de détails hier sur le type de tournée désiré (grandes salles, petites salles), mais une chose est sûre: ça va durer trois ans. Au minimum.

Le président de Loto-Québec, Alain Cousineau, a indiqué hier que la société d'État visait une diffusion la plus large possible. «Il est de notre mission de rendre cette oeuvre accessible à la majorité de la population», a-t-il dit. M. Cousineau a parlé d'assurer «la pérennité et la transmission d'un incontournable», «temps fort de notre culture».

Selon Marie-Thérèse Fortin, directrice artistique du Théâtre d'Aujourd'hui et seule comédienne confirmée pour cette production (la distribution sera dévoilée plus tard), ce nouveau type de financement très ciblé permettra trois choses: offrir une production d'envergure, garder les billets à un prix abordable et fréquenter des salles qui sont rarement visitées par les productions montréalaises en tournée.

«Le partenariat permet d'abaisser le coût du plateau, dit-elle. Et comme on l'aura présentée dans une salle de 250 places, ça envoie aux diffuseurs le signal que c'est possible d'absorber ces coûts [sans avoir une salle de 700 ou 800 places].» La distribution comprendra 19 personnes, soit les 15 comédiennes prévues dans le texte et quatre musiciens.

Naturel

Du Tremblay musical: c'est là un projet tout à fait «naturel», selon René Richard Cyr, un habitué des pièces du plus célèbre des auteurs québécois. «La structure est déjà toute là, dit-il. Il y a des monologues, des choeurs, et la langue de Tremblay est tellement musicale.»

Cette structure restera donc essentiellement intacte. «On demeure en 1965 dans un "party" de collage de timbres entre 15 femmes, indique M. Cyr, auteur du livret de la pièce, toutes les musiques étant de Daniel Bélanger. J'ai suivi le même ordre, il n'y a pas d'ajout dans le texte, juste un collage de mots.»

Entre du «théâtre musical» et une «comédie musicale», René Richard Cyr fait une distinction fondamentale: «Si on extrait les chansons d'une pièce de théâtre musical, ça ne se tient plus, dit-il. La chanson participe à la structure dramatique, à l'évolution de la pièce. Alors que, dans une comédie musicale, le comédien va dire "je t'aime" avant de chanter "je t'aime".»

Ainsi, Belles-soeurs sera composé d'une heure de théâtre et de 15 chansons, l'un n'allant pas sans l'autre pour recréer le texte de Tremblay.

Le metteur en scène promet une production d'ampleur. Le montage financier présenté hier lui permettra de «faire le "show" qu'on voulait, à la hauteur de nos rêves», dit-il. Une condition qu'il jugeait importante pour rendre justice à l'oeuvre de Michel Tremblay, traduite musicalement pour la première fois (il a autrement écrit Demain matin Montréal m'attend et Nelligan pour le monde musical).

«Et sans vouloir porter de jugement, c'est pas l'histoire d'un bossu à Paris ou d'un sultan dans les Mille et une nuits, a-t-il lancé en faisant référence à deux productions musicales connues. C'est notre histoire à nous qui est là-dedans.»

Daniel Bélanger se disait quant à lui «honoré» de faire partie de cette aventure. Comme René Richard Cyr, le musicien — aussi discret que respecté et aimé du public (des centaines de milliers de disques vendus, des trophées Félix à la tonne) — a indiqué avoir trouvé «naturelle» la mise en musique des textes de Tremblay. Le débit, le phrasé, tout allait de soi pour ce mélodiste hors pair.

Bélanger a composé au piano les chansons: il a dit s'être inspiré du son Motown, mais le résultat n'aurait rien à voir avec le R'n'B, la soul ou le gospel. «C'est entraînant», dit-on simplement. Michel Tremblay a parlé hier de chansons «très touchantes» qui «mériteraient un disque» telles que chantées sur les maquettes par Daniel Bélanger.

«Ça brasse une modernité étonnante, dit René Richard Cyr. Ça évacue un peu l'aspect misérabiliste des Belles-soeurs au profit de quelque chose de plus festif, même si on garde des émotions vives.»

Créée en 1968 au Théâtre du Rideau Vert, Les Belles-soeurs a immédiatement été acclamée comme un chef d'oeuvre. Pièce fondamentale du répertoire québécois, véritable révolution en soi, elle a été traduite dans 17 langues et présentée dans près de 200 productions à travers le monde au fil des ans, selon les statistiques établies par l'agence qui représente M. Tremblay.
1 commentaire
  • Gilles Bousquet - Inscrit 6 mars 2009 11 h 32

    Une des meilleures idées depuis une année.

    Excellente idée qui va faire beaucoup de chemin...beaucoup.

    J'ai déjà hâte d'y assister.