Les Cowboys fringants au National - «Fringomanie» totale

Est-ce une salle de spectacle ou un lieu de culte? Après deux heures passées au National samedi, en ouverture hors concours de la Nuit blanche, on se posait sérieusement la question. Et ce, parce que l'accueil fait par le public aux Cowboys fringants — qui terminaient le premier volet montréalais de leur grande tournée L'Expédition (ils reviennent en supplémentaires au National vendredi et samedi, puis seront un peu partout au Québec ensuite) — tenait du délire.

Une relation quasi sectaire. Aux Cowboys comme à la messe: la «fringomanie» était totale.

Ainsi, dès les premières lignes de la première chanson, le public plonge avec frénésie dans l'oeuvre du plus populaire des groupes québécois — ici comme en France. Il n'y a pas un seul couplet d'une seule chanson qui ne soit pas chanté en choeur par cette salle comble. Quand on aime les Cowboys, visiblement, on apprend tout par coeur et on ne vient pas «voir» un spectacle: on y «participe», à fond la caisse, parterre sautillant et ambiance chaude jusqu'au fond du balcon.

Dans cette atmosphère un peu folle, les Cowboys ont fait le travail que l'on attendait d'eux. Entièrement investis dans la prestation, dotés d'une énergie qui ne perd pas un kilowatt de puissance au fil de la soirée, sympathiques, brouillons en apparence, mais rigoureux sur le fond. La formule du groupe est simple: on met de la dynamite dans chaque chanson poussée devant public. Et question mise en scène, on s'en tient à sauter partout ou danser en rond. C'est ça qui est ça, et c'est à prendre ou à laisser.

Pour les fans, c'était le bonheur. Un show intime, un groupe qui n'hésite pas à ressortir ses plus «vieux» succès, un chanteur (Karl Tremblay) au charisme rassembleur, des présences senties de Marie-Annick Lépine et Jean-François Pauzé (ainsi que de Jérôme Dupras), on rigole, on chante, bref, un joli party pour entamer la Nuit blanche.

Pour les autres, les curieux ou les non-convertis aux chansons militantes des Cowboys, le constat est mi-figue, mi-raisin. Musicalement, les Cowboys s'en tiennent à un folk-rock certes très efficace, mais finalement redondant. Le cadre change rarement: on part la chanson tranquillo, puis on injecte des explosifs pour crocheter le public qui suit le développement de tout morceau mot à mot (ce qui permet de gommer le fait que l'on perdrait autrement 75 % des paroles). Ça marche à tout coup, façon Manu Chao.

Mais c'est aussi une formule qui a ses limites. Le manque de nuances peut lasser. Tout est déballé sur le même ton, la même énergie, le même pied pesant. Alors quoi? On n'est pas sûr que ce genre de soirée pourra servir à convertir quiconque ne l'était pas déjà. Ce qui n'enlèvera strictement rien au bonheur légitime des autres.

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