Montréal en lumière - Mozart et la dame en noir

Tout n'a pas été rose pour Éric-Emmanuel Schmitt, jeudi soir. À vrai dire, le mot qui me vient à l'esprit est «honte». Un pis-aller d'ailleurs, car les Allemands possèdent un terme plus juste: blamage.

Comment a-t-on osé servir à ce grand esprit et auteur brillant un entourage musical pareil? Quelle image injuste Éric-Emmanuel Schmitt gardera-t-il du niveau musical de Montréal? J'espère qu'il se souviendra d'Olivier Laquerre, excellent baryton, et des consciencieux pianiste et clarinettiste.

L'indignité venait de deux protagonistes, les deux principaux hélas: I Musici et la «soprano» Pascale Racine. Voir la bande à Yuli — d'un bout à l'autre en pleine séance de lecture à vue — patauger dans le finale de La Petite Musique de nuit était d'un pathétique consommé. J'ai repéré un moment — deux minutes volées au déshonneur — où les violons avaient l'air de ceux d'un ensemble professionnel: l'introduction du mouvement lent du 21e Concerto pour piano. Auprès de Schmitt, les Musici auraient dû être nos ambassadeurs; ils ont été nos fossoyeurs.

Mais le plus tragique, ce fut la dame en noir: Pascale Racine, diplômée de chant du Conservatoire de Québec. Voix stridente, pépiements, attaques gloussantes, arythmie, intonation catastrophique, technique respiratoire défaillante, aphonie: je n'ai jamais entendu cela de ma vie de la part d'un chanteur prétendument professionnel. On aurait dit une parodie de Castafiore dans un (mauvais) spectacle comique! Hélas, dans le parcours de Schmitt avec Mozart, la soprano intervient à tous les moments cruciaux.

Avec le vivier de jeunes chanteuses dont nous disposons ici (Fiset, Beaudin, McLaren, Mercer, Raphaelle Paquette — si on voulait une «belle blonde qui chante» — et des dizaines d'autres), c'était bien la peine de lui (et nous) imposer d'écouter ça.

J'ai déjà écrit que Ma vie avec Mozart était la meilleure notice de disque jamais rédigée, la titillation philosophico-culturelle d'incitation à l'écoute musicale la plus subtile qui soit. Le spectacle, qui associe un Schmitt jeune (excellent Benoît McGinnis) et un Schmitt mature (lui-même), ne s'écarte pas de l'ouvrage et le met en scène habilement. Encore faut-il que, lorsqu'on parle de musique, la musique que l'on écoute soit audible.

Ce spectacle sur Mozart, paradoxalement, nous faisait envier Beethoven. Sourd, le compositeur se serait contenté de lire le livre et aurait échappé à l'ignominie sonore dont I Musici et la dame en noir ont paré les belles pensées d'Éric-Emmanuel Schmitt.

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MA VIE AVEC MOZART

Spectacle d'Éric-Emmanuel Schmitt. Avec Benoît McGinnis. I Musici de Montréal, dir.: Yuli Turovsky. Pascale Racine (soprano), Olivier Laquerre (baryton), Chen Zhengyu (piano), Mark Simons (clarinette). Théâtre Maisonneuve, 26 février.

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