Jazz - La batterie, les diablotins et l'os

Le «Paradis des diablotins» ainsi que «Contrebasse-batterie-os» ne sont ni des nouveautés, nouveautés, ni des navets. Autrement dit, Devils Paradise et BassDrumBone - The Line Up n'ont pas été publiés ces derniers mois. Cette histoire de temps plus ou moins précisée, disons les choses simplement: ces deux albums satisferont tous ceux et celles qui apprécient que des musiciens accordent la part belle à l'ébranlement des normes, au dynamitage de certaines traditions ou encore à l'aventure sans protection, sans filet.

Dans les deux cas, il s'agit de disques organisés plutôt que dirigés par le batteur Gerry Hemingway. Pour confectionner Devils Paradise, ce dernier a fait appel aux services de l'immense contrebassiste Mark Dresser, du tout aussi immense tromboniste Ray Anderson et du ténor de l'humour Ellery Eskelin. Pour réaliser The Line Up, Hemingway s'est entouré de Mark Helias à la contrebasse et à la basse, et là encore de Ray Anderson.

Bon. Avant de poursuivre, il faut ouvrir une parenthèse obliquant quelque peu vers des considérations musico-économiques parce que... parce que les nouvelles technologies ont provoqué une implosion de toute la chaîne qui commence par l'enregistrement et se termine dans la poche du consommateur. Plus que jamais, les musiciens soustraient le nombre d'intermédiaires, plus que jamais ils produisent. CQFD: on ne peut plus «chroniquer» l'évolution de la musique comme on le faisait jusqu'à présent.

Toujours est-il que les disques dont il est question aujourd'hui, on les a achetés neufs chez Cheap Thrills. Le prix variait entre 20 et 25 $. Il y avait une copie de chacun, mais... ce disquaire situé rue Metcalfe, entre Maisonneuve et Sherbrooke, offre un service incomparable pour tout ce qui a trait au jazz plus ou moins décapant, aux musiques actuelles et autres pour la bonne et «platte» raison qu'il a établi des liens avec une ribambelle de labels indépendants depuis des lunes. Bref, on peut commander là ou encore passer par Amazon où l'on a constaté, dans le cas de Devils Paradise, qu'il y avait six copies à vendre, certaines neuves, certaines d'occasion, à compter de 14 $.

Bien. Cela étant, ces deux productions ont ceci d'impressionnant que ces instrumentistes ont une faculté à occuper l'espace qui force l'admiration. Dans Devils Paradise, ils ont fait à quatre ce que d'autres font à dix. Dans The Line Up, ils font à trois ce que d'autres font à six. On vous prévient, parfois c'est décapant, parfois... Comment dire? Si on apprécie les univers de Mingus, de John Zorn, de Paul Bley, de Webern, de Marty Paich et de Roscoe Mitchell, alors on sera conquis par l'alchimie musicale de ces messieurs.

P.-S.: ces deux compacts ont été publiés par le label Clean Feed.

En rafales

- Le solde de la semaine, voire du mois, s'appelle Chicago The Blues Today. En fait, il s'agit du regroupement de trois albums, enregistrés, publiés, distribués par Vanguard dans les années 60, qui avaient séduit, on s'en souvient, des centaines de milliers de jeunes de l'époque. Le producteur de cette série, Samuel Charters, poète et auteur de livres consacrés au blues, avait convoqué dans le studio Vanguard les groupes suivants: Junior Wells-Buddy Guy, J. B. Hutto and The Hawks, Oti's Spann's South Side Piano, Jimmy Cotton, Otis Rush, Homesick James, Johnny Young, Johnny Shines et Big Walter Horton, qui formaient alors la garde montante de la note bleue. Aujourd'hui, on propose ces trois albums en un à 13 $. Le tout accompagné d'un livret aussi fourni que riche en photos.

- Avis à la population: le nouveau JazzMan propose un énorme dossier sur Billie Holiday. Entretiens avec ceux qui, comme Alan Douglas, l'ont produite, avec ceux qui, comme Marianne Faithfull, l'admirent, photos de Billie, article consacré à Strange Fruit, bref, l'essentiel est dans ce numéro vendu 9,50 $ sans les taxes.

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