Musique classique - John Adams et le violon électrique

Le compositeur John Adams, chez lui. Photo: Margaret Mitchell
Photo: Le compositeur John Adams, chez lui. Photo: Margaret Mitchell

Le concert Adams-OSM du mardi 3 février fait partie intégrante de la programmation de MusiMars. Cela en sera assurément le concert le moins long, puisqu'au festival, cette année, l'heure est aux concerts marathons.

John Adams ne pourra, hélas, diriger comme prévu la première canadienne de sa seconde Symphonie de chambre en clôture du festival, le samedi 7 mars. Il donnera un cours de maître lundi à 17h et une conférence jeudi à 10h30 à la salle Tanna-Schulich de l'université McGill.

À la tête de l'OSM, Adams présente un programme inattendu, comprenant, outre l'un de ses concertos, la 6e Symphonie de Sibelius, les Interludes marins de Peter Grimes de Britten et la scintillante transcription, signée Percy Grainger, de La Vallée des cloches de Maurice Ravel.

Création catastrophe

John Adams a déjà dirigé l'OSM en mai 2002, à l'invitation de Charles Dutoit. La même soliste, Leila Josefowicz, jouait alors son Concerto pour violon. Elle interprétera cette fois-ci son concerto pour violon électrique, Dharma at Big Sur, composé en 2003 pour l'inauguration du Walt Disney Hall de Los Angeles et inspiré par Jack Kerouac et le virtuose du violon électrique Tracy Silverman. «Silverman jouait dans un club de jazz près de mon domicile, en Californie, raconte John Adams en entrevue au Devoir. J'ai tout de suite aimé le son de cet instrument et la manière dont il en jouait. Silverman en tirait des sonorités parfois indiennes, parfois ressemblant à du Jimi Hendrix.»

La création est restée gravée dans la mémoire de John Adams: «C'était une pure catastrophe! Tout le monde a bien joué, mais le son n'était pas ajusté à la salle et l'instrument sonnait très mal. Depuis, un ingénieur du son, qui connaît très bien cette oeuvre, m'accompagne pour tous les concerts.»

L'activité de chef d'orchestre occupe une place variable dans l'emploi du temps de John Adams: «Cela dépend si j'ai ou non un opéra à écrire. Sur une saison sans opéra, cela peut représenter douze à quinze semaines par an.» Sa fréquentation de Britten et de Sibelius n'est pas un hasard. «Je suis un grand admirateur des symphonies de Sibelius et j'ai déjà dirigé les Symphonies nos 4, 5 et 7.» Le compositeur et chef espère avoir complété son parcours intégral des symphonies de Sibelius d'ici quelques années.

Même si c'est Charles Dutoit qui a amené John Adams pour la première fois à Montréal, son amitié avec Kent Nagano est notoire. «L'une des qualités dont Kent s'enorgueillit est d'être très respectueux des volontés du compositeur. L'un de ses buts, dès le début de sa carrière, a été de développer des relations avec des compositeurs. Comme vous le savez, il a été l'un des rares chefs qui ont pu travailler avec succès avec Frank Zappa. Il y a eu Messiaen, évidemment. Il a ensuite beaucoup dirigé ma musique: il a créé The Death of Klinghoffer, El Niño et le Concerto pour violon. Mais Kent n'a pas dirigé beaucoup de ma musique dernièrement, ce qui m'a beaucoup déçu. Cela dit, je me rends compte qu'il travaille beaucoup en Allemagne et qu'il doit tenir compte avec finesse des circonstances particulières là-bas. Quoi qu'il en soit, nous restons des amis proches et l'une des premières choses qu'il a faites en arrivant à Montréal a été de m'y inviter, ce dont je lui suis très reconnaissant.»

Parmi les compositeurs, John Adams compte notamment pour amis Steve Reich, Philip Glass et le Néerlandais Louis Andriessen.

Créations et baby-sitting

En observant la nature des créations de John Adams depuis quelques années, son intérêt pour des oeuvres d'envergure comme l'oratorio scénique El Niño ou l'opéra Doctor Atomic, on se demande si le compositeur n'est pas de plus en plus attiré par le fait de laisser à la postérité des pièces longues et imposantes. C'est une analyse qu'il réfute: «J'ai toujours aimé les compositions de grande envergure: Harmonielehre date de 1985 et dure 40 minutes. Nixon en Chine, de 1987, est mon opéra le plus long. À l'opposé, le mois dernier a été créé mon premier Quatuor à cordes et j'écris une pièce pour piano seul pour Emmanuel Ax. On ne peut pas généraliser.»

La production du Metropolitan Opera de Doctor Atomic a fait l'objet d'une retransmission dans les salles de cinéma, cette saison. Adams a composé une symphonie sur les thèmes de cet opéra. «Voilà qui nous ramène à vos craintes précédentes, dit-il sur le ton de la blague. Oui, c'était trop long! J'ai créé cette symphonie avec le BBC Symphony en 2007, c'était une oeuvre de 45 minutes. J'ai pratiqué des coupes radicales; maintenant, c'est une oeuvre de 24 minutes, très efficace à mon point de vue.»

La tentation de réviser des oeuvres déjà créées, à la manière de Bruckner, n'est pas une sorte de réflexe chez John Adams: «Je révise les partitions juste après leur création. C'est le cas en ce moment avec le Quatuor à cordes, car je considère que je dois résoudre des problèmes dans le dernier mouvement. Mais après un certain point, un compositeur ne peut pas passer son temps à faire du baby-sitting avec ses créations: il faut les laisser vivre et exister par elles-mêmes.»

John Adams a-t-il des disciples, des élèves? «Cela fait longtemps que je n'ai pas enseigné, dit-il. Je n'ai donc pas de disciple ou d'héritier, même si j'entends parfois ma musique dans des oeuvres de compositeurs plus jeunes.» Sensation étrange s'il en est: «C'est comme si vous aviez eu une relation dans votre jeunesse et que vous ne saviez pas qu'un enfant a été conçu pendant cette relation. Puis vingt ans plus tard, une personne qui vous ressemble vient vers vous et vous dit: salut, papa, je suis ton fils. C'est vraiment très étrange.»

Adams est en train de composer une pièce appelée City Noir pour le concert inaugural du mandat de Gustavo Dudamel à la tête de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles à l'automne. Le compositeur en dirigera la première européenne en mars 2010, avec l'Orchestre symphonique de Londres. Les compositeurs qui l'accompagneront alors seront Debussy, Ravel et Stravinski.

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John Adams

À l'OSM, les 3 et 4 mars à 20h. Programme: Britten, Sibelius, Ravel-Grainger et Adams.

À MusiMars. Cours de maître le 5 mars. Salle Tanna-Schulich de l'université McGill.

En DVD. Doctor Atomic, paru en DVD et Blu-ray sur étiquette Opus Arte. The Death of Klinghoffer chez Decca. Livre: Hallelujah Junction. Composing an American Life. Autobiographie (septembre 2008). Farrar, Strauss, Giroux, New York (en anglais)

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