Vitrine du disque

Pop/bossa nova - Bet.e, B.coming (Universal) - Revoilà donc Bet.e sans Stef, l'autre moitié du duo qui avait obtenu un succès étonnant (50 000 copies d'un premier album indépendant) au tournant de 2000, avant de se séparer en 2003. Six ans de silence plus tard, la chanteuse refait surface en solo: ç'a été long... et on se demande pourquoi. Pas d'évolution majeure ici, ni de rupture de ton prononcée. Bet.e fait du Bet.e & Stef sans Stef. À quelques nuances cubaines près. Alors oui, on retrouve cette ambiance de bossa qui fait chalouper, ces quelques teintes jazzy et ce cadre confortable. Oui, c'est bien produit (très formaté au final). Mais non, on n'a pas trouvé grande émotion ou belle âme à ce projet. En fait, ça manque gravement de textures. Et en ce qui nous concerne, cela vient beaucoup de la voix de Bet.e, cette façon de mâcher les mots qui lui donne l'air de glisser sur toute substance. Une impression renforcée par la vacuité des trois pièces qui sont déclinées en français. Dommage. - Guillaume Bourgault-Côté

Monde - BATACLAN, Éponyme, Atma classique

Nous l'avons souvent dit: le tango du siècle nouveau est plongé dans une passionnante phase de bouleversement créatif. La génération Gotan le recouvre d'électro. Caceres lui redonne ses racines noires. Melingo le veut loufoque. La Chicana le mélange aux autres cultures. Quant à lui, le trio québécois Bataclan s'en éloigne en lui rendant hommage, lui confère un caractère classique, l'insère dans le contexte d'une américanité plurielle en le faisant rencontrer fantaisie et rhapsodie, milonga plus légère, folklore sud-américain plus sautillant et... La Forêt des mal-aimés de Pierre Lapointe. Bataclan s'allume de façon unique en mariant la pompe tragique du bandonéon de Denis Plante à la voix plus lyrique du basson de Mathieu Lussier, au feu rythmique et à l'espace solennel du clavecin de Catherine Perrin, l'animatrice bien connue. Denis Plante signe ou arrange plus de la moitié des pièces, revisite même quatre Piazzolla. Et ça fonctionne à merveille. - Yves Bernard

Chanson - THE LOVE ALBUM, Anaïs, Universal France - Dep

Le succès de son Cheap Show (400 000 exemplaires) a étonné tout le monde, y compris l'intéressée, qui avait bidouillé ça maison comme une grande. Comment étonner encore? En n'étant pas seule, pour commencer. Avec des musiciens à volonté et un réalisateur notable (Dan the Automator, cofondadeur de Gorillaz), voilà l'Anaïs baignant dans le luxe et la luxure, sur fond d'innocence yé-yé, d'easy listening burtbacharachien et de punk déjanté. The Love Album est son album sensuel, ode à la vacance plagiste (Farniente), au fantasme éveillé (Si j'avais su que notre amour, en «duo rêvé avec Chris Isaak») et même au désir lesbien (Elle me plaît). Ouste la chanson-choc et le vitriol au litre, rebonjour l'humour décalé, l'ironie à fleur de peau et l'intelligence pétillante: Anaïs a certes perdu un peu de son mordant, mais elle a gagné en joliesse (cette voix!) et il n'y a qu'elle pour osciller ainsi entre obsession amoureuse et parodie de l'obsession amoureuse. Jouissif. - Sylvain Cormier

Chanson/Pop Rock - ROUGE, Dumas, La Tribu - Sélect

Il a fait comme il a dit, le savant fou de la pop d'ici. Il a continué. À preuve, c'est numéroté de 10 à 19. Même pas trois mois après (avoir cherché et trouvé le) Nord, voici le rapport de labo suivant. Couleur du substrat: rouge. Logique dans la méthode. D'abord, on prend une direction générale, puis on va vers la chaleur. Avec leur panoplie de petits chimistes des sons, Dumas et son complice Louis Legault ont décanté, épuré, distillé, pipeté, mené à ébullition, et à la fin ils ont obtenu l'essentiel: de bien jolies mélodies, qui vont droit au coeur. Dominante rouge. Ce sont les chansons les plus dénudées, les plus acoustiques, Un train dans la nuit, Quelque part, Rien n'est perdu, L'Appel, Le Futur, qui nous réchauffent le mieux. Ça plane quand même, notez bien, et ça finit en planant: Le Futur, partie II, relance carrément l'aventure, manière Pink Floyd. À 10 000 exemplaires l'édition limitée, une fois tous les trois mois, l'achat équivaut à une bourse de recherche et de création. - Sylvain Cormier

Classique - HAYDN, Les Saisons. Genia Kuhmeier, Werner Gura, Christian Gerhaher, Arnold Schoenberg Chor, Concentus Musicus Vienne, Nikolaus Harnoncourt. DHM 88697 28126-2.

Intéressant apport en cette année de bicentenaire de la disparition de Joseph Haydn, cette nouvelle version de l'oratorio Les Saisons, par Nikolaus Harnoncourt, a été enregistrée en concert en 2007. Le chef avait déjà gravé l'oeuvre en 1987, dans une version plus massive, avec un orchestre symphonique et au diapason moderne. Ce qui a changé, c'est la théâtralité accrue du propos, avec une masse sonore moindre, une réactivité et une éloquence supérieures, par exemple dans le choeur des vendanges de L'Automne. Les solistes sont adaptés à cette cure d'amaigrissement, puisque un baryton, spécialiste du lied, Christian Gerhaher, succède à l'imposant Robert Holl, basse wagnérienne. Harnoncourt affronte néanmoins la concurrence de René Jacobs, encore plus vif et franc, qui reste le premier choix, et de John Eliot Gardiner, dans une lecture plus «oratorio» qu'«opéra», mais avec une soprano (Bonney) et un ténor (Rolfe-Johnson) plus charmeurs. - Christophe Huss

Classique - BACH, Sonates pour viole de gambe et clavier BWV 1027 à 1029, Chorals et trios. Bruno Cocset, Bertrand Cuiller et Richard Myron. Alpha 139.

Ce disque est un petit miracle, digne du catalogue Alpha. Le violoncelliste et gambiste Bruno Cocset est un pilier de ce label depuis ses débuts, il y a dix ans déjà. Il retrouve ici un partenariat judicieux avec une ingénieure du son (Alessandra Galleron) qui laisse respirer les sonorités et la musique, ce qui n'était hélas pas le cas dans son intégrale des Suites pour violoncelle seul de Bach. Dès la première plage, le fameux choral Nun komm, der Heiden Heiland, l'atmosphère est magique. L'instrument joué par Cocset est ici un alto unique, reconstruit d'après la peinture qui orne la couverture. L'instrumentarium est d'ailleurs l'une des attractions du programme, puisque Cocset y joue de trois instruments différents — il explique clairement ses choix dans la notice —, alors que le clavier est soit un clavecin (Sonates BWV 1028 et 1029), soit le magique orgue positif entendu dans le choral. Tout ceci, parfaitement pensé et documenté, forme un périple enchanteur, sans aucun équivalent dans la discographie. - Christophe Huss

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