Le distributeur Dep et le catalogue français d'Universal - Disques de là-bas au prix d'ici

L’artiste français Renan Luce
Photo: Agence Reuters L’artiste français Renan Luce

Ça fait plaisir, tiens. Quelqu'un a pensé à nous. Nous? Ceux qui, comme moi, aiment l'objet disque, encore et toujours, envers et contre tout. Et tout particulièrement ceux qui, comme moi itou, professent un fort faible pour la chanson française de France, toutes époques confondues. À nous, donc, qui achetons à prix d'or les importations d'albums d'artistes français, pas disponibles autrement. À nous, donc, qui nous ruinons en frais de douane lorsque d'aventure nous passons par le vieux pays et en rapportons de splendides éditions limitées, coffrets et autres versions «collector» de nos artistes fétiches. Oui, nous. Les exaucés.

Voilà l'affaire. Depuis le début de l'année, à peu près tout ce qui sort en France chez Universal France se retrouve chez les disquaires d'ici (Archambault, Renaud-Bray, HMV, principalement). En importation, donc, mais au prix d'ici, apporté là par le distributeur québécois Dep. L'album de duos d'Adamo, par exemple. Ou le nouvel Anaïs, The Love Album, recensé ailleurs dans cette page. Ou le prochain Gréco. Etc. Read my lips: au prix d'ici. Ce n'est pas anodin. Auparavant, c'était l'importation à prix prohibitif ou rien. Il fallait qu'un artiste soit bougrement prometteur ou établi (ou révélé et acclamé aux FrancoFolies) pour que la succursale québécoise d'Universal se décide à faire paraître ce qu'on appelle un «pressage domestique»: pochette et livret imprimés ici, disque gravé ici. Fallait un seuil de rentabilité que de rares artistes français atteignaient. Résultat: une nouveauté sur vingt avait droit au «domestique».

Autre époque, à tout le moins chez Dep. Martin Duchesne, responsable depuis l'an dernier chez Dep du produit francophone d'Universal, explique comment, une fois de plus, la nécessité a été mère de l'invention. «Avec la baisse du marché du disque, plus moyen de justifier un "pressage domestique", sinon pour un Cabrel. Alors, que faire?» Oui, enfer et damnation, que faire? «On a eu cette idée, finalement très simple: on importe tout, mais en petite quantité, 300, 500 exemplaires à la fois, et on les distribue en magasin au prix normal d'un disque chez nous. Comme si c'était du "pressage domestique". Plus besoin d'attendre qu'un artiste soit connu: on fait confiance au bouche à oreille, aux médias. Si un titre est en demande, on fait venir d'autres exemplaires. Au cas par cas.»

Même chose pour les boîtiers chic, comprend-on. «Même chose. C'est proportionnel. L'édition limitée de l'album Repenti de Renan Luce, avec le DVD du concert au Zénith, le livre avec les dessins magnifiques [du bédéiste Boulet], est forcément plus onéreuse que l'album simple, mais pas non plus au prix d'une importation, ni au prix français: ça se compare à un boîtier québécois équivalent.»

Stratégie de la dernière chance pour le disque? «C'est le marché de niche qui devient le plus intéressant. On vend moins de disques de tout le monde, y compris les artistes français, mais si toutes les nouveautés de là-bas sont disponibles rapidement ici, au prix d'ici, ça fait beaucoup de petits groupes de fans contents, et ça finit par s'additionner. Le marché des collectionneurs a toujours existé, et il est avide de beaux objets: il y a une pléthore de parutions en France, dont on ne voyait jamais la couleur ici. S'ils sont à portée de la main, pas trop chers, ça change tout.»

On est très d'accord. Même qu'on signalera les arrivages à mesure, parole de collectionneur.

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