Concerts classiques - Brillant Don Giovanni

Au fil des ans, le spectacle de l'Atelier d'opéra de l'Université de Montréal est devenu un rendez-vous marquant de l'année musicale de l'amateur d'art lyrique. Ce statut a été, ô combien, confirmé par ce Don Giovanni brillamment conçu par l'équipe réunie autour de Benoît Brière et Jean-François Rivest.

Le dispositif scénique est rôdé à présent avec son plateau surélevé en fond de scène. Un écran géant encadré est un habile stratagème pour projeter un décor. Un espace est réservé entre cadre et écran pour laisser passer des personnages. Les projections peuvent même être animées et, à part la séquence initiale, trop rapidement saccadée, celles-ci sont judicieuses.

La scène permet tout: des piliers pour se cacher, deux balcons latéraux, des accessoires qui vont et viennent. Mais le plus important est que, dans ce décorum, Benoît Brière fait interagir les personnages avec efficacité, justesse, humour et une vraie conscience rythmique. Sa lecture est marquée partout par l'intelligence et l'esprit, associés à un respect permanent de l'oeuvre et des chanteurs. Cette combinaison est très rare à ce niveau dans le domaine de la mise en scène d'opéra.

Même le choix de Rivest et Brière de faire chanter la statue du Commandeur à travers les haut-parleurs, critiquable en soi, s'avère efficace pour une damnation de Don Giovanni plus grande que nature, où le dépravé puni est littéralement dévoré par les entrailles de la terre. Son esprit demeure, nous signifiera un ultime clin d'oeil... Esprit dérangeant mais bien nécessaire quand on voit, dans le happy end final, la banalité ambiante sans sa magnétique présence.

Jean-François Rivest empoigne Don Giovanni avec une violence crue qui ne se relâche jamais: le dramma est à l'orchestre, le giocoso sur la scène. L'étiquette de «grand mozartien» lui colle désormais légitimement à la peau.

Sur le plateau, les satisfactions sont nombreuses, avec deux apparitions majeures: la donna Anna puissante et mordante de Kyra Folk-Farber et Mark Wells, qui chante Masetto et le Commandeur avec mesure, autorité et un timbre somptueux. David-Olivier Chenard, curieusement attifé en robineux, est un Leporello très bien distribué (la voix doit être plus grave que celle de Don Giovanni), excellent chanteur et acteur-né. Cache-t-il par la comédie une petite fatigue vocale ou fait-il moins attention au chant quand il joue?

Jean-Michel Richer, en Don Giovanni, a très bien paru, se donnant à fond et finissant exténué vocalement. Quelle place prendra-t-il dans le cénacle très relevé des barytons canadiens? Je n'en ai aucune idée. Dernier sujet de satisfaction: Samantha Louis-Jean, sûre et plaisante comme à son habitude. Quant à Kristin Hoff (Elvira) et à Andrzej Stec (Ottavio), je laisse à leurs enseignants l'ingrate tâche de leur faire les commentaires adéquats.

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Don Giovanni, dramma giocoso

Université de Montréal. Mozart: Don Giovanni, dramma giocoso en deux actes (version de Prague, 1787). Jean-Michel Richer (Don Giovanni), David-Olivier Chenard (Leporello), Kyra Folk-Farber (Anna), Kristin Hoff (Elvira), Samantha Louis-Jean (Zerlina), Mark Wells (Masetto et Commandeur). Orchestre de l'UdeM, Jean-François Rivest. Mise en scène: Benoît Brière. Costumes: Judy Jonker. Éclairages: Nicolas Ricard. Salle Claude-Champagne, mercredi 25 février. Reprise ce soir (même distribution) et demain.

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