Concerts classiques - Avec distinction

En regardant les programmes de l'OSM, on a peine à croire que le répertoire classique est, en fait, inépuisable. L'orchestre nous présentait, hier soir, le troisième 2e Concerto de Saint-Saëns en trois ans (après Thibaudet-Denève et Hough-Flor) et la troisième Symphonie «avec orgue» en un an et demi (après Rivest et Mehta). Plasson avait également dirigé cette symphonie lors de son avant-dernier passage. Quant à Berlioz, il n'a, selon la même logique et les mêmes oeillères, évidemment composé qu'une seule ouverture: Le Carnaval romain.

S'agissant de la symphonie, le concert d'hier se distinguait des précédents à Wilfrid-Pelletier grâce à l'utilisation, pour la première fois, de l'orgue Rodgers 778 à trois claviers remplaçant l'inénarrable et grotesque patente électronique qui sévissait habituellement en pareille circonstance. Elle était à l'orgue ce que le canard en plastique jaune de nos piscines et baignoires est à l'ornithologie.

Le Rodgers 778 est moins indécent. Il fait l'affaire dans le mouvement lent, mais s'écroule dans le finale en manquant d'éclat et de puissance. Les sons ont beau être moins laids, ils n'en demeurent pas moins inadéquats. Le mélomane est en droit de demander un moratoire sur cette oeuvre tant qu'elle ne pourra lui être présentée convenablement.

Ceci mis à part, la soirée fut brillante, car animée par Jean-Clause Casadesus avec une évidente conscience et connaissance du style français: puissance, fermeté des traits, sonorités nourries et ardentes, tempos plutôt rapides mais toujours chantants (mouvement lent de la symphonie). Au coeur de cette vraie musique française, les pizzicatos sont des pizzicatos et non des «plops, plops» décoratifs.

La Symphonie «avec orgue» se détourne de toute pompe, le timbalier est en verve comme jamais. Seule chose incompréhensible: la chute de tension au milieu du finale par un enlisement du tempo sur les interventions des bois, sans logique avec la relance rythmique permanente qui prévalait jusque-là. Même bonheur dans le 2e Concerto pour piano, où Nicholas Angelich a fait une impression marmoréenne, avec sa poigne, sa virtuosité et sa vraie consistance sonore. Là aussi, aucune vulgarité... au point que le rythme de marche de l'allegro scherzando en est devenu presque distingué!

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Évasions classiques

«Menu à la française». Berlioz: Carnaval romain. Saint-Saëns: Concerto pour piano n° 2. Symphonie n° 3, «avec orgue». Nicholas Angelich (piano), Orchestre symphonique de Montréal, dir.: Jean-Claude Casadesus. Salle Wilfrid-Pelletier, mardi 24 février.

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