Beatles: une version inédite de Revolution fait surface - Le chaînon manquant

Revolution - Take... Your Knickers Off!, que ça s'appelle. Un mille millionième bootleg des Beatles. Pas de quoi s'énerver, a priori. Sauf qu'il y a là-dessus l'inimaginable, après mille millions de bootlegs et les trois volumes officiels de l'Anthology: du neuf. Une prise inédite de Revolution, extirpée des sessions du double disque The Beatles (l'album blanc).

Une version fascinante qui dure plus ou moins onze minutes, selon que l'on prend ou non en compte le jasage en studio au début et à la fin. Version légendaire s'il en est. C'est la version dont les fadas des Fab Four rêvaient depuis que le grand spécialiste ès Beatles Mark Lewisohn l'avait décrite dans son livre de 1987, The Complete Beatles Recording Sessions: rien de moins que le chaînon manquant entre la version rock acoustique Revolution 1 et le collage d'avant-garde Revolution 9.

Depuis avant-hier, la communauté Beatles est en émoi. Hier matin, la chanson était disponible pour écoute sur YouTube, en qualité sonore haute définition. Ça n'a pas duré: la multinationale EMI en a exigé illico le retrait. Trop tard, évidemment: la pièce circule dans le réseau, et ça télécharge ferme dans les chaumières. Steve Marinucci, webmestre du site http://abbeyrd.best.vwh.net, véritable centre névralgique de l'information beatlesque, a rassemblé les réactions, plus qu'enthousiastes, et tous les beatlemaniaques patentés l'affirment sur leurs blogues: la découverte est majeure. «C'est l'une des pièces les plus significatives des Beatles à émerger depuis des années», a déclaré le très exigeant Doug Sulpy sur le forum de son site (http://dsulpy.proboards101.com).

Des détails? La prise en question — «remixage 1 de la prise 20, enregistrée le 4 juin 1968», précise Marinucci — est d'abord identique à la prise bien connue de Revolution 1, quoique en un mixage plus doux, avec les harmonies bien plus à l'avant-plan, puis, à mesure que l'on approche du répétitif riff final, moult sons étranges et singuliers, joués en boucle, viennent grossir l'ensemble. Harrison et McCartney poursuivent avec des variantes leurs réponses en harmonie aux «All right!» de Lennon, Ringo Starr épice le riff de quelques roulements caractéristiques façon Hey Jude, puis, peu à peu, on distingue les bandes en boucle («tape loops») qui constitueront en partie la matière du collage sonore de Revolution 9. La pièce s'achève avec Yoko Ono, sur ces mots désormais fameux: «If... you become naked.»

L'émergence de cette prise mythique met fin à des années de frustration: il en existait en effet une version à peu près inaudible, enregistrée accidentellement par Yoko Ono elle-même, à quelque distance de la console du studio 2 d'EMI sur Abbey Road, en fond sonore d'élucubrations personnelles. Marinucci cite Alan Kozinn, l'expert en résidence du New York Times, moins surpris que ravi: «C'est formidable d'entendre une version propre, complète et d'une telle qualité...»

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