Concert classique - Un Chant de la terre dans le vent

Le concert dirigé hier par Yannick Nézet-Séguin avait un double intérêt: la poursuite de l'intégrale des Symphonies londoniennes de Haydn et la mise en perspective de son Chant de la terre avec l'interprétation récente de Kent Nagano.

Dans Haydn, l'orchestre est opulent, mais délivre une articulation très claire, avec des tempos justes et une scansion parfaite des phrases. Le second volet est un vrai allegretto, et les risques pris dans le phrasé du trio du 3e mouvement sont payants.

Ce qui m'a frappé, par contre, c'est que Nézet-Séguin envisage les aspects militaires des 2e et 4e mouvements comme une coloration un peu exotique de l'orchestration, plutôt que comme un trait d'humour — attitude si typique de Haydn. Là où d'autres jouent l'emphase et manient la caricature, Nézet-Séguin reste pince-sans-rire —, une sorte de Droopy haydnien.

Le Chant de la terre, donc. Première constatation: la suprématie incontestable de la version avec voix grave féminine, par rapport à la version avec baryton, très à la mode depuis dix ans et choisie par Nagano. Christiane Stotijn chante sa partie avec une émotion poignante (ah! ce dernier «Ewig» se dissolvant sur un râle...), mais, il faut bien le dire, une voix à la limite de ce que la partition exige, en projection comme en grave. À Wilfrid-Pelletier, on perd des fondements qui passeraient sans doute mieux dans une salle plus petite et généreuse. De ce point de vue, la professeure de Stotijn, Jard van Nes, n'a pas été égalée dans les vingt-cinq dernières années.

John Mac Master confirme que, depuis la disparition des chanteurs de la typologie de Wunderlich ou Haefliger, le profil de Heldentenor est le meilleur choix. Il ne reste plus qu'à trouver un Heldentenor qui fasse les nuances. Le problème — du type «la poule et l'oeuf» — est de savoir si Mac Master chante forte parce que l'orchestre relève le niveau de ses nuances, ou si l'orchestre est un peu indifférencié (Lied n° 1) parce que le chanteur fonce comme un taureau dans l'arène. Mac Master, vocalement supérieur à Stuart Skelton (version Nagano), n'exprime rien; il chante des syllabes.

Le Chant de la terre de Nézet-Séguin est plus sensuel que celui de Nagano, plus fouillé et évocateur (ex. 3e Lied: Von der Jugend). La différence majeure réside dans le faible dosage, hier, des harpes de L'Adieu. La balance et le creusement polyphonique de Nagano m'ont plus intéressé. Mais on peut dire que Nézet-Séguin a embrassé Le Chant de la terre avec ardeur, appuyé par un orchestre discipliné, cohérent et volontaire.

L'exécution a été inutilement accompagnée d'un diaporama d'une jolie sculpture en bois. On espère que ce n'est pas à cette candide et superflue initiative que l'on doit l'épouvantable bruit de soufflerie qui a honteusement parasité ce Chant de la terre.

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ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN

Haydn: Symphonie n° 100 «Militaire». Mahler: Le Chant de la terre. Christiane Stotijn (mezzo), John Mac Master (ténor), Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, dir. Yannick Nézet-Séguin. Salle Wilfrid-Pelletier, dimanche 22 février 2009.

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