Malajube, du rock cartésien et fantastique

Photo: Pascal Ratthé

Après sept ans d'existence, deux albums complets en main, trois Félix en poche et des centaines de spectacles donnés au Canada, aux États-Unis, en Europe et même au Japon, la formation Malajube sortira de sa tanière mardi pour nous livrer Labyrinthes, un troisième disque pour le moins... désorientant!

La pièce Casablanca commence. Le rythme lent est tenu par de légers coups de tambourin et le râtelage d'un guïro, instrument de percussion en bois au son cubano-hawaiien. Une petite mélodie de guitare électrique rose pastel bercée de «ouh ouh» ajoute une douce ambiance de plage, avant que... Paf! Un gros clavier démoniaque tranche net avec une progression de notes fantomatiques, avant que l'on ne retombe, en fin de parcours, sur un glorieux solo de guitares superposées qui rendrait jaloux les bonzes du rock d'aréna.

Dans le plus extrême des cas, c'est ça, le nouveau disque de Malajube, une des formations rock les plus talentueuses des dernières années au Québec. C'est un voyage en ligne brisée composé de dix labyrinthes peuplés de démons et de mort. Dix labyrinthes qui prennent leurs distances des projectiles de leur précédent album, Trompe-l'oeil, en puisant dans des sonorités et des structures du rock des années 1970.

Malajube n'a donc pas opté pour la facilité, pour l'album confortable et efficace qui aurait automatiquement plu à ses nombreux fans québécois, canadiens ou d'ailleurs — depuis 2006, ils sont plus de 50 000 mélomanes d'un peu partout dans le monde à avoir craqué pour Montréal - 40 °C et les autres pièces de Trompe-l'oeil.

De retour après la pause

À la table d'un café de la rue Masson, le batteur Francis Mineau et le claviériste Thomas Augustin ne s'inquiètent pas trop de l'accueil du public. «C'est ça qui ressortait des répétitions, raconte Thomas, qui a aussi lancé en 2007 un mini-album aux accents prog avec la formation Jacquemort. Ce qui sortait quand on jouait, c'était pas du Trompe-l'oeil, c'étaient pas des chansons, c'étaient des pièces instrumentales. Il fallait risquer. Faire autrement aurait été contre nature.»

Les quatre rockeurs de Malajube — si l'on exclut Renaud Bastien, qui a tourné avec le groupe depuis 2006 mais qui n'a pas participé à Labyrinthes — ont pris une pause bien méritée pendant la dernière année, question de se remettre physiquement et psychologiquement des 265 spectacles donnés dans 16 pays différents. Pendant cette longue tournée, le groupe de Sorel-Tracy a réussi à attirer l'attention de nombreux médias américains, dont le New York Times, le réputé site Internet Pitchfork et les magazines Spin, Wired, Vanity Fair et même... Penthouse. Et pas pour une séance photo, on s'entend.

2008 a donc permis à Thomas, à Francis, au chanteur Julien Mineau et au bassiste Mathieu Cournoyer de vivre un peu, de se remettre les deux pieds sur terre et... d'écouter de la nouvelle musique. De la «nouvelle-vieille» musique.

«On a cherché d'autres sonorités, Francis a écouté un nombre incalculable de disques pendant cette période-là», explique Thomas Augustin, pendant que son collègue sort de sa poche des cassettes achetées à 50 ¢ juste avant l'entrevue, dont Dookie, de Green Day, et Rendez-vous doux, de Gerry Boulet. «Julien s'est aussi mis à acheter des pianos électriques sur eBay et à les remonter, les réparer, les peinturer. On a trouvé des synthés des années 1980, qui grattent plus, des vieux synthés du début des années 1970, toutes sortes de nouveaux-vieux instruments, toujours traités de façon à ce qu'il y ait du grain, que ce soit riche.»

Outre Gerry, le batteur Francis Mineau s'est récemment procuré le plus récent EP de Coldplay, le dernier Guns n' Roses et l'album de Fleet Foxes. Mais pour Labyrinthes, c'est plutôt dans les vieux albums de Claude Dubois qu'il assure avoir puisé beaucoup. «C'est vraiment une de mes grosses influences, explique le batteur. Je ne parle pas tant des chansons que des arrangements, de la batterie, qui est vraiment folle. C'est aussi symptomatique des albums des années 1970, comme ceux de Charlebois. L'accent est mis sur la musique, c'est pas nécessairement la voix qui mène, tout comme chez Malajube. On trouve des roulements étranges, des montées de guitares, des lignes musicales. Il y a de ça sur Labyrinthes, à la planche!»

Jams mélangés et labyrinthes entortillés

Il est vrai que ce troisième disque revêt des habits progressifs, voire psychédéliques, dans les sonorités comme dans la progression des chansons. La plupart des pièces ont d'ailleurs été formées en mettant bout à bout différents jams improvisés par le groupe. Les textes, eux, ne sont pas moins entortillés que la trame musicale de Malajube. Le chanteur Julien Mineau, qui signe les paroles, a plongé dans ses habituelles noirceurs et trempé sa plume dans l'encre noire pour pondre des pièces où la mort n'est jamais bien loin, dans un habit plus mystique que macabre, et où l'amour des femmes est moins sexuel et plus... «pur». «C'est un album qui est moins "Montréal", il est moins inspiré de la ville... C'est un peu le monastère spirituel, analyse Thomas. Les gens retiennent beaucoup la mort, mais il y a aussi la folie qui est présente, l'idée de perdre la carte.»

Vrai que le labyrinthe peut ramener à la folie. «Le labyrinthe fait aussi penser au Minotaure; il y a quelque chose de mythologique, quelque chose de fabuleux, analyse le batteur. Puis, à la fois, c'était une prison, tu allais mourir là. C'est un endroit cartésien et fantastique... Ça résume bien le disque!»

Malajube sera en spectacle un peu partout au Québec jusqu'à la fin de mars. Toutes les dates au www.malajube.com.

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Le Devoir

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Labyrinthes

Malajube

Dare to Care / Select

En magasin le mardi 10 février

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