Concerts classiques - Terne Macbeth

En programmant Macbeth de Verdi, l'Opéra de Montréal a visé haut, mais a fait la preuve qu'il n'avait pas les moyens de ses ambitions.

Macbeth ne tolère pas les demi-mesures, or ce spectacle repose sur une somme de demi-mesures. Cela commence par le choeur des sorcières. Elles sont dix-huit — plus cinq figurantes — et, dans Wilfrid-Pelletier, leur chant fait l'effet d'une sorte de pépiement, dilué par leur répartition éclatée sur scène. On n'a sans doute pas l'argent pour se payer plus de choristes, mais il en faudrait davantage. Par ailleurs, une caricature vocale (encore plus marquée dans le choeur du 3e acte) doit aller de pair avec la stridence de l'accompagnement orchestral. Non seulement, il y a ici autant de choristes que pour chanter la Messe en si de Bach, mais en plus elles chantent Verdi comme du Bach.

Cette problématique de l'incarnation et de la caractérisation marque toute la production. Quand Macbeth apparaît, on entend un gars complètement dépassé par le rôle, qui semble à six mois de sa retraite vocale. En l'observant, on s'aperçoit que pour pousser ses aigus, il opère par flexion-extension des genoux. «Monsieur Genuflex», John Fanning, apparaît vocalement un peu ragaillardi à partir de l'acte II, mais le personnage de brave type entraîné dans une spirale meurtrière et dictatoriale — et qui en devient fou — n'est pas palpable.

Il en va de même pour Michele Capalbo, chanteuse tout en rondeurs vocales, qui commence à ébaucher l'incarnation vocale de son rôle dans la scène de somnambulisme de l'acte III, sa dernière. Il n'y a dans cette voix rien de «diabolique», comme le souhaitait Verdi, et dans l'aura de l'actrice rien du venin de Lady Macbeth. Rien de notable non plus pour le titulaire du rôle de Banco. Roger Honeywell en Macduff est le plus investi, sauf qu'il est obligé de chanter assis sa révolte et son désespoir au début de l'acte IV.

René Richard Cyr maîtrise de nombreux pièges d'un opéra difficile à mettre en scène: les apparitions de l'acte III, le somnambulisme de Lady Macbeth sont bien gérés, et l'idée de sorcières péripatéticiennes est défendable. Le spectacle se déroule dans un décor unique, gris, terne et sans âge, comme dans les entrailles de la terre, avec ces racines — du mal? — qui pendent au plafond. Les meurtres et le sang sont évacués de la scène, et les changements d'actes annoncés par le vent qui souffle plus fort que la houle orchestrale, bien organisée mais tempérée par le chef, Stephen Lord ou pas encore assimilée par l'OSM.

Le plus surprenant est que René Richard Cyr se prive des symboliques, des ors du palais, de tout ce qui enivre, possède et rend fou le couple Macbeth. Seule la présence de miliciens symbolise leur pouvoir. Sa lecture scénique recentre donc le drame sur le seul couple, démarche à haut risque, à l'opéra, car elle ne peut fonctionner que si les chanteurs incarnent viscéralement les personnages, ce qui n'est pas le cas.

La réintroduction de l'air «Mal per me» (de la version originale de 1847), qui permet à Macbeth de mourir en scène dans une sorte d'acte de contrition moraliste peu crédible de la part d'un esprit qui a autant sombré, ne fait que brouiller les cartes.

Au final, le nouveau roi est célébré par le peuple et attifé, par les putes, d'oripeaux dorés. Tout ça pour ça...

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OPÉRA DE MONTRÉAL

Verdi: Macbeth. John Fanning (Macbeth), Michele Capalbo (Lady Macbeth), Roger Honeywell (Macduff), Brian MacIntosh (Banco), Orchestre symphonique de Montréal, dir. Stephen Lord. Mise en scène: René Richard Cyr. Salle Wilfrid-Pelletier, 31 janvier 2009. Reprises les 4, 7, 9 et 12 février.
1 commentaire
  • Gaston Savard - Inscrit 3 février 2009 16 h 25

    Terne Macbeth

    Vous m'épatez par votre constance!
    Votre suffisance n'a d'égal que votre éreintage!
    Parodiant Voltaire, je vous dédis un épigramme qu'il avait adressé à un critique:
    L'autre jour, au fonds d'un "autobus",
    Un serpent piqua "Cristophe Huss""
    Que pensez-vous qu'il arriva;
    Ce fut le serpent qui creva!