Musique classique - Rinaldo Alessandrini, une vie après le clavecin

Rinaldo Alessandrini
Photo: Rinaldo Alessandrini

Vendredi prochain, 6 février, Clavecin en concert accueille le claveciniste et chef d'orchestre italien Rinaldo Alessandrini pour un récital exceptionnel. La venue à Montréal de celui qui est depuis près de quinze ans l'un des artistes les plus en vue dans la défense du répertoire baroque italien est un événement.

Lancée au disque par l'étiquette française Opus 111, la carrière de Rinaldo Alessandrini a débuté en flèche au début des années 90. Année après année ses enregistrements ont glané les plus hautes récompenses, notamment sa déjà légendaire série de madrigaux de Monteverdi, une grande époque où, au sein du Concerto Italiano, qu'il avait formé en 1984, se distinguaient la soprano Rossana Bertini, l'alto Claudio Cavina et l'inimitable et abyssale basse Daniele Carnovich.

Le Concerto Italiano totalement renouvelé que l'on entend dans le récent enregistrement de la Missa romana de Pergolèse paru chez Naïve n'a pas la chaleur et les couleurs rondes de son homologue d'antan, mais l'acuité musicale d'Alessandrini reste juste et vive.

Florilège

À Montréal, Rinaldo Alessandrini arrivera seul, pour un récital de clavecin. Son programme est «un florilège de belles musiques», comme il le dit lui-même, articulé autour d'une première partie italienne et d'une seconde moitié franco-allemande.

Dans le répertoire italien, il a évidemment choisi Frescobaldi, compositeur contemporain de Monteverdi qu'il a enregistré très tôt dans sa carrière. Une Toccata et une Partita de Frescobaldi seront associées à une Chaconne de Bernardo Storace, à des Balli de Giovanni Picchi et à la Toccata Settima de Michelangelo Rossi.

Après la pause se succéderont un Prélude et fugue de Dietrich Buxtehude, trois pièces de Louis Couperin (dont le Tombeau de M. de Blancrocher), la Suite en mi mineur HWV 438 de Georg Friedrich Haendel et la Marche des Scythes de Pancrace Royer.

Rinaldo Alessandrini ne transporte pas ses propres instruments en tournée et découvrira à Montréal le clavecin qu'on lui destinera, un instrument qui devra être fort polyvalent pour rendre justice à des styles et des univers si différents. Mais le claveciniste voyageur a l'habitude de ces contraintes: «Avec un programme aussi mélangé, c'est forcément une solution de compromis, mais les mauvaises surprises sont rares», concède-t-il en entrevue au Devoir.

Le chef

Il n'y a pour l'heure pas de projet pour amener le Concerto Italiano ici. L'activité de Rinaldo Alessandrini, après dix-sept ans dans le monde du disque, est toujours aussi soutenue, malgré le tassement du marché: «Nous enregistrons au moins deux projets par an avec, en plus, des programmes comme des récitals d'airs de Haendel avec Sandrine Piau, Sara Mingardo ou Lorenzo Ragazzo. Cela nous amène donc, en général, à trois ou quatre CD par an.» D'ailleurs, Alessandrini rejoint plusieurs éditeurs lorsqu'il déclare: «Le marché du disque a chuté, mais le marché du classique s'est aujourd'hui stabilisé, contrairement à l'écroulement, lié à Internet, de la musique pop.» Pour lui, le rôle principal du disque est de «fixer des oeuvres importantes qui ne sont pas trop connues». Son credo en la matière n'a pas changé: «À part quelques passages obligés comme Les Brandebourgeois et Les Quatre Saisons, que nous avons à présent tous enregistrés, je cherche avant tout à faire connaître des oeuvres.»

Les prestations en soliste de Rinaldo Alessandrini sont assez rares. Alessandrini partage très majoritairement son temps entre le Concerto Italiano et la direction d'orchestre: «Depuis 10 ans je dirige beaucoup l'opéra, avec des orchestres modernes. Je suis chef invité à l'Opéra d'Oslo.» Il y a enregistré un disque (à paraître) d'ouvertures d'opéras de Mozart. Si Mozart est le compositeur qu'il a le plus dirigé en Norvège, il a aussi interprété Mendelssohn, Rossini et bien d'autres.

Bel canto

Il est donc tentant de demander à Rinaldo Alessandrini s'il partage l'opinion de Bruno Cagli, directeur de l'Académie Sainte Cécile de Rome, selon lequel la tendance forte du répertoire de bel canto va être l'apport à ce genre de chefs venus de la sphère baroque. «J'en suis sûr, dit-il, mais il faut des chanteurs disponibles pour cela. Or il y a un grand problème avec ce qu'on appelle la tradition. Il est très difficile de trouver des chanteurs prêts à explorer ce répertoire en oubliant la tradition, qui est très largement une fausse tradition, c'est-à-dire des éléments qu'au XXe siècle on a ajoutés et assimilés à ce répertoire. Quand vous abordez une partition de Rossini ou de Bellini, il apparaît de toute évidence que la manière de chanter cette musique est fausse et que les compositeurs n'ont pas demandé de faire toutes les choses qu'on entend habituellement. Convaincre les chanteurs de renoncer à tout cela ou ajuster les tempos est très difficile. Mais, c'est vrai, approcher cette musique en se tournant vers le passé aide beaucoup.»

Il est donc tentant de demander à Rinaldo Alessandrini s'il partage l'opinion de Bruno Cagli, directeur de l'Académie Sainte Cécile de Rome, selon lequel la tendance forte du répertoire de bel canto va être l'apport à ce genre de chefs venus de la sphère baroque. «J'en suis sûr, dit-il, mais il faut des chanteurs disponibles pour cela. Or il y a un grand problème avec ce qu'on appelle la tradition. Il est très difficile de trouver des chanteurs prêts à explorer ce répertoire en oubliant la tradition, qui est très largement une fausse tradition, c'est-à-dire des éléments qu'au XXe siècle on a ajoutés et assimilés à ce répertoire. Quand vous abordez une partition de Rossini ou de Bellini, il apparaît de toute évidence que la manière de chanter cette musique est fausse et que les compositeurs n'ont pas demandé de faire toutes les choses qu'on entend habituellement. Convaincre les chanteurs de renoncer à tout cela ou ajuster les tempos est très difficile. Mais, c'est vrai, approcher cette musique en se tournant vers le passé aide beaucoup.»

Il ne reste plus qu'à constituer une équipe de chanteurs susceptibles de décaper Rossini et Bellini comme Alessandrini et ses amis l'ont fait dans Monteverdi depuis quinze ans: «C'est un projet sur lequel nous n'avons pas encore travaillé, car approcher cette musique avec un orchestre d'instruments d'époque est très cher et la situation économique n'est pas favorable. À mon avis, il faut plutôt faire confiance aux orchestres de théâtre. Les résultats sur Mozart à Oslo ont été très intéressants. Le tout est d'avoir le temps de travailler avec un orchestre moderne et de nettoyer avec lui les scories de la tradition.»

La carrière de cet étonnant personnage, qui déclarait au magazine Répertoire en 1997: «La Première Symphonie de Brahms est la seule musique qui me fasse pleurer!», nous réserve sans doute encore bien des surprises.

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RINALDO ALESSANDRINI
Récital pour Clavecin en concert. Oeuvres de Storace, de Frescobaldi, de Picci, de Rossi, de Buxtehude, de F. Couperin, de Haendel et de Royer. Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, vendredi 6 février à 20h. % 514 747-3838.

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