Vitrine du disque

Remixages: TOUS LES SENS REMIX -Ariane Moffatt - M'Fat - Audiogram - Sélect: Moi qui suis de l'ère des airs définitivement fixés dans le petit cervelet, à force de martelage radio ou de clou enfoncé dans le sillon, je constate: une chanson, plus que jamais, ça bouge. C'est Dylan qui a raison dans ce labo qu'il promène de ville en ville: ses immortelles sont comme ses bottes, faites pour marcher. Pareil pour un Pierre Lapointe: l'album de remixages 2 X 2, concocté en 2007 par ses copains bidouilleurs à partir d'ossatures des chansons de La Forêt des mal-aimés, c'était simplement un autre état de la matière. Une mutation. Voilà l'Ariane qui libère pareillement les enfants de son dernier opus: aux Jean-Phi Goncalves, Akufen, Deadbeat, Figure 8 et autres Pheek d'aller, comme le titre l'indique, dans «tous les sens». Ce qu'ils font, bruyamment et brillamment, surtout Jean-Phi. Ça va parfois nulle part, mais qu'importe: ça y va. Mais ne cherchez pas le CD: soit on télécharge, soit on ressort le vieux clou, pour la version 33-tours vinyle. Que je préfère, vous pensez bien.

Sylvain Cormier

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Chanson

AVATARS

William Sheller

Mercury-Universal - Dep

Cher William, élégantissime Sheller, pourquoi diable ne nous sommes-nous pas plus assidûment fréquentés? J'en veux l'intégrale de 16 albums parue en France il y a trois ans pour témoin à charge: tant de musique là-bas en 30 ans, et si peu de retentissement ici. Encore eût-il fallu que vous veniez, et vous vous êtes fait rare. Mais il n'est pas trop tard, puisque ce nouveau disque est là, que c'est une merveille, qu'on me promet de le promouvoir décemment. Contribuons: ce 17e album, inspiré d'un voyage dans les méandres d'Internet, propose une fascinante galerie d'avatars, ces gens qui se sont inventé des alter ego virtuels. La visite a lieu sur des musiques au goût forcément sûr puisqu'elles sont de vous. Cordes, bois et vents maniés expertement, délicieuses mélodies couchées sur des guitares à la George Harrison ou des minisymphonies pop à la Moody Blues, à peine un ou deux rocks de trop, c'est beau à se prosterner. Et nous nous inclinons. Un spectacle aux Francos, maître?

S. C.

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Bande originale

Slumdog Millionaire

Artistes variés

N.E.E.T. - Interscope - Universal

Les compositeurs des comédies musicales du Bollywood sont les plus grands vendeurs de musique en Inde, et A. R. Rahman est le plus célèbre d'entre eux avec 200 millions de disques écoulés en carrière. Le réalisateur du film Slumdog Millionaire, Danny Boyle, aurait exigé que Rahman ne joue pas sur les sentiments mièvres, souvent d'usage dans le Bollywood, pour la composition de la trame sonore de son film. Il en résulte un disque très rythmique avec tambours dhôls et batterie à l'avant-plan. Les mélodies, appuyées par des violons, des sitars et quelques arrangements électroniques et hip-hop, sont tout de même interprétées par des chanteurs indiens, pour notre plus grand plaisir. La Londonienne d'origine sri-lankaise M.I.A. y offre aussi deux versions de son succès Paper Planes, en plus de la pièce-titre, une collaboration avec Rhaman. Malgré certains éléments kitchs tels qu'un pastiche d'I Feel Love de Donna Summer, cette belle introduction à la variété de la musique indienne contient plusieurs petits bijoux.

Étienne Côté-Paluck

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Folk psychédélique

Merriweather Post Pavilion

Animal Collective

Domino - Outside

Habitué au succès critique mais pas à celui des foules, le bizarroïde quatuor Animal Collective vient de voir son nouvel album, Merriweather Post Pavilion, se placer en 13e position du palmarès Billboard 200 à sa première semaine en magasin. L'esthétique musicale unique de ces New-Yorkais, mélange de folk psychédélique, d'échantillons électroniques et d'instruments rock, divise généralement les mélomanes entre adulateurs et détracteurs. Explorant encore la superposition de ritournelles sonores et d'harmonies vocales, le huitième album d'Animal Collective a été hissé au rang de chef-d'oeuvre par la majeure partie de la critique américaine. Les explorations hypnotiques du groupe diviseront toujours autant, mais force est d'admettre que cette galette est la plus mélodique de leur oeuvre. Toujours aussi mélancoliques, les expérimentations folk du groupe semblent en effet plus organisées qu'auparavant, chaque pièce formant une structure pop joliment agencée.

É. C.-P.

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Classique

TCHAÏKOVSKI

Trio en la mineur op. 50. Yefim Bronfman (piano), Gil Shaham (violon), Truls Mørk (violoncelle). Canary Classics CC 05 (Naxos).

Après s'être fait virer de la Deutsche Grammophon après tant de bon et loyaux services musicaux, au profit d'un artiste certes remarquable, mais dont on n'entend déjà plus parler sur l'étiquette jaune (Ilya Gringolts), le grand violoniste Gil Shaham a eu la remarquable idée, comme d'autres, de créer sa propre étiquette discographique, Canary Classics. Il a récupéré deux de ses enregistrements précédemment publiés par le très discret label Artemis (Fauré, Prokofiev) et poursuit maintenant la constitution du catalogue avec du matériel neuf. Après un décevant concerto de Tchaïkovski un peu langoureux, voici le meilleur CD de Canary Classics, un grandiose, sensible et généreux Trio de Tchaïkovski, dont le panache vient sérieusement concurrencer (sans l'atteindre tout à fait) la titanesque version de référence signée par Kremer, Maisky et Argerich (DG). Mais la disponibilité des disques étant chose très fluctuante, si vous désirez acquérir ce chef-d'oeuvre et si vous ne trouvez pas le disque DG, repliez-vous sans hésiter sur celui-ci.

Christophe Huss

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Classique

WALTER

Symphonie en ré mineur.

Orchestre symphonique du NDR, Leon Botstein. CPO 777 163-2.

L'espace nous manque pour vous faire part, habituellement, de nos déconvenues. Mais le sujet est ici trop captivant pour ne pas vous présenter, même si elle ne nous convainc pas vraiment, cette inattendue symphonie composée par le chef d'orchestre Bruno Walter en 1907. Dans la notice de présentation, Erik Ryding rappelle que Walter était allé jouer au piano son oeuvre à son idole, Gustav Mahler, mais que ce dernier lui avait avoué son peu d'enthousiasme. Le style est chargé, très début de siècle, avec quelques sonorités mahlériennes et un chromatisme riche. Le problème, que l'on rencontre souvent chez les chefs-compositeurs, est la sensation de profusion un peu erratique dans la succession de passages calmes et de montées en puissance. La question, qui se pose chez Walter mais pas chez Mahler, est: «On part d'où pour aller où, et pourquoi?» Au bout de 37 minutes, on a entendu un Moderato et un Adagio et notre patience est assez érodée. Une curiosité, assurément, mais réservée aux collectionneurs chevronnés de la musique germanique du début du XXe siècle.

C. H.

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