Le jazz des jazz - Blue Note fête ses 70 ans

Les pochettes n'ont pas pris une ride. La musique non plus. Et le format? À peine: quand on plante l'aiguille de la table tournante dans les rééditions vinyles d'une douzaine de grands classiques de Blue Note sortis cette semaine, le son éclate toujours aussi chaudement. Pur jazz et pur bonheur entre les sillons.

Maison d'entre les maisons de la grande époque du jazz qu'on situera au tournant des années 50 et 60, Blue Note fête officiellement ses 70 ans depuis le 6 janvier. L'occasion d'une pétarade d'activités: sorties de livres, lancements de gadgets promotionnels, hommages rendus par plusieurs festivals partout dans le monde (Montréal s'y mettra aussi) et par un groupe actuellement en tournée (The Blue Note 7 Mosaic)...

Mais il y a surtout ces 12 classiques présentés en combo Vinyle/CD (et vendus pour environ 27 $ depuis mardi). C'est triple crème: le top des disques du label jazz numéro un, qui était alors à son apogée (pour diverses raisons, Blue Note a piqué du nez au début des années 70 pour ne resurgir qu'en 1984 — aujourd'hui, Cassandra Wilson, Robert Glasper, Norah Jones et Wynton Marsalis enregistrent à cette enseigne fusionnée à EMI).

Explicitement, ça veut dire Blue Train (John Coltrane), Go (Dexter Gordon), Maiden Voyage (Herbie Hancock), Soul Station (Hank Mobley), The Sidewinder (Lee Morgan), Somethin' Else (Cannonball Adderley), Moanin' (Art Blakey)...

La liste révèle des albums qui récoltent tous le petit astérisque démarquant les bons disques des immortels. Des records phares, qu'on a maintenant la possibilité de trouver dans l'emballage initial. Même grosse pochette, même gros vinyle, mais avec un son remastérisé, comme pour le disque compact qui accompagne chaque album à des fins de praticité.

Outre le fait qu'on parle d'albums cultes, ils ont tous cette particularité d'avoir été enregistrés sous la supervision de Rudy Van Gelder il y a une cinquantaine d'années. Van Gelder? Encore là, la crème: l'ingénieur des ingénieurs du son.

Entre 1953 et 1967, Van Gelder a forgé la sonorité unique de Blue Note au gré d'enregistrements bien souvent devenus mythiques. Son nom est synonyme d'un son cristal, chaud, rond, naturel, parfaitement précis et découpé, toujours équilibré. Un son qui plonge immédiatement l'auditeur dans l'atmosphère du studio et son petit mystère ambiant.

Depuis une dizaine d'années, Blue Note réédite d'ailleurs plusieurs des grandes sessions de l'ingénieur sous l'appellation «RVG Serie» ou «RVG Edition». En gros: c'est toujours de la bombe.

Mais encore? Les combos parus cette semaine ont aussi cette particularité de bénéficier des pochettes légendaires qui ont fait l'autre bout de la réputation de Blue Note. Le catalogue de la maison de disques est ainsi rempli des créations croisées du duo composé de Francis Wolff (photographe et copropriétaire de Blue Note avec Alfred Lion) et du graphiste Reid Miles.

Ce dernier demeura 11 ans dans la boîte (1956-1967), où il a développé sa maîtrise de la composition graphique qui, pour beaucoup, est devenue LA représentation visuelle de ce qu'est le jazz.

Tout comme ces vieux vinyles tout neufs constituent à nos yeux LA représentation musicale de ce qu'est le jazz.

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