Opéra - Des noms prometteurs

Une scène du Viol de Lucrèce
Photo: Une scène du Viol de Lucrèce

Choisir Le Viol de Lucrèce de Britten pour une représentation estudiantine présente plusieurs avantages: l'action ne requiert pas de grands espaces scéniques, l'orchestre est réduit à 13 membres (on notera qu'une faculté de musique d'une métropole francophone traduit French horn par «cor français», ce qui n'est pas fondamentalement faux, mais assez bête) et les voix requises sont bien typées. Surtout, The Rape of Lucretia permet de se faire une idée très nette du potentiel des chanteurs, même dans des rôles subalternes, comme celui de Bianca, où perce la personnalité d'Alexandra Hill.

Du spectacle il n'y a pas grand-chose à dire. La mise en scène de Patrick Hansen et la scénographie de Vincent Lefèvre ne trahissent pas l'oeuvre, mais ne l'éclairent pas non plus. Pour meubler la scène, on fait appel à des figurants; pour éviter le statisme à la fin de l'acte 1, on fait tourner les chanteuses autour d'une tête de statue recouverte d'innombrables draps, pliés patiemment. Le sacrifice de Lucrèce et sa métaphore christique se passent dans la superficialité émotionnelle la plus absolue. Musicalement aussi, la partition est simplement lue, sans sensibilité particulière pour les moments de réflexion poétique, chers à Britten. Par ailleurs, le metteur en scène fait participer les deux personnages de commentateurs (choeur d'hommes et choeur de femmes) à l'action, ce qui est une erreur aussi courante que majeure.

Le côté «examen» de la chose est délicat pour le critique non averti du stade auquel ces jeunes chanteurs se situent dans leurs études. Le fait est que les deux chanteuses qui ressortent du lot, Alexandra Hill et Aidan Ferguson, se retrouvent ici au coeur d'une épreuve en vue de l'obtention de leur maîtrise. On leur souhaite de l'obtenir avec félicitations du jury et de les revoir, car les voix et la présence sont notables. La troisième dans le même cas, Liliana Piazza, possède une voix rare de contralto, avec un grave impressionnant. On aimerait la revoir dans un autre rôle pour vérifier si les registres se fondent et si l'émotion passe. Interprète de la servante Lucia, Margaret Rood se trouve peut-être au début de son cursus. On l'espère en tout cas...

Chez les hommes, un nom à retenir: Philippe Sly (Collatinus), que l'on suivra avec curiosité. Il possède l'aura d'un Addis ou d'un Dupuis. Nicholas Laroche (Tarquinius) est à revoir avec opinion favorable, contrairement à David Menzles, mal distribué en Male Chorus (manque d'éclat et de puissance), et à Taylor White (Junius) pour les débouchés duquel on peut se faire pas mal de soucis.

Par contre, ceux qui se sont démarqués (Ferguson, Hill, Sly, et, potentiellement, Piazza) ont assurément le niveau de futures pensionnaires de l'Atelier de l'Opéra.

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OPERA McGILL

Britten: The Rape of Lucretia. David Menzies (Male Chorus), Aidan Ferguson (Female Chorus), Liliana Piazza (Lucretia), Philippe Sly (Collatinus), Nicholas Laroche (Tarquinius), Taylor White (Junius), Margaret Rood (Lucia), Alexandra Hill (Bianca), Orchestre symphonique McGill, Julian Wachner. Salle Pollack, le 28 janvier 2009. Reprises ce soir et demain.

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