Macbeth à l'opéra - Sanguinaire épopée shakespearienne

Photo: Jacques Grenier

Macbeth de Verdi, mis en scène par René Richard Cyr, prend l'affiche à l'Opéra de Montréal samedi prochain pour cinq représentations. Probabilité zéro de voir du rose nanane comme dans Les Pêcheurs de perles ou de subir un livret crétinoïde façon Fanciulla del West. À la bonne heure...

René Richard Cyr revient à l'opéra après son Turn of the Screw de Britten avec l'Atelier de l'Opéra et Don Giovanni dans la grande salle Wilfrid-Pelletier. Ce sera Macbeth de Verdi, une sorte de rêve pour celui qui se dit fasciné par la pièce de Shakespeare depuis son adolescence et considère que le rôle de lady Macbeth est l'Everest en matière théâtrale.

Notre metteur en scène partage cette passion avec Verdi, hanté par l'oeuvre du dramaturge anglais et qui rêva toute sa vie de mettre en musique Le Roi Lear. Macbeth est son premier opéra d'après Shakespeare, bien avant Otello et Falstaff. Le compositeur harcela littéralement son librettiste Piave, lors de la genèse de l'opéra, en 1847. Il concentra une intrigue, déjà assez compacte, en éliminant des personnages secondaires. Chez Verdi, le roi Duncan, qui sera assassiné par Macbeth, ne fait que passer et ne chante pas.

Pour une reprise de Macbeth à Paris en 1865, Verdi a révisé la partition, et c'est cette version révisée que l'on présente habituellement. Afin de faire mourir Macbeth en scène dans son spectacle, l'Opéra de Montréal réintégrera cependant l'arioso final Mal per me de la version de 1847.

La sanguinaire

La trame de Macbeth, chez Verdi, est la suivante. En Écosse, au Moyen Âge, Macbeth et son ami Banco, officiers de l'armée du roi d'Écosse, rencontrent des sorcières qui leur prédisent l'avenir. Elles voient Macbeth devenir sire de Cawdor puis roi. À Banco, elles prédisent qu'il sera le patriarche d'une dynastie désignée à régner.

Les sorcières parties, Macbeth apprend qu'il est nommé sire de Cawdor. La première prophétie se réalise donc. Il fait part de tout cela à sa femme. Celle-ci apprend que le roi Duncan doit séjourner dans son château. Elle pousse Macbeth à le tuer. Le couple infernal, mené par Madame, se rappelle ensuite de la prophétie concernant Banco et décide de l'éliminer, ainsi que son fils. Le père meurt, le fils en réchappe.

En Écosse, Macbeth règne en tyran et commence à déraisonner. La résistance s'organise en dehors des frontières, autour de réfugiés, de Malcolm, le fils de Duncan, et de Macduff, un seigneur écossais, dont le couple régnant a fait raser son château et massacrer la famille.

À l'acte 3, Macbeth va consulter les sorcières, qui délivrent trois nouvelles prophéties. L'acte 4 met en parallèle les réfugiés, Macduff et Malcolm, qui vont tenter une percée vers le château de Macbeth à travers la forêt de Birnam, et le couple Macbeth, au sein duquel le roi est de plus en plus délirant et nihiliste et la reine, prise de crises de somnambulisme lors desquelles elle revit ses crimes. Elle en mourra, de même que Macbeth, tué par Macduff, qui fait monter Malcolm sur le trône.

Le muffin

Les grandes représentations de Macbeth reposent toutes sur une lady Macbeth littéralement possédée. On citera Maria Callas et Shirley Verrett comme les deux cantatrices qui ont le plus marqué ce personnage au XXe siècle. René Richard Cyr désire symboliser le rôle-clé de la sanguinaire arriviste en la faisant entrer sur scène pendant l'ouverture. Lorsqu'on demande au metteur en scène quel est selon lui le profil de Macbeth face à sa femme, il répond: «C'est un pauvre muffin!» Mais le metteur en scène n'a pas voulu placer cette emprise sur un plan sexuel, même si, remarque-t-il, dans la plupart des mises en scène «on voit toujours le lit».

Pas non plus question, pour lui, de se coltiner avec la théorie de Freud (Einige Charaktertypen aus der psychoanalytischen Arbeit, 1916), selon laquelle lady Macbeth et Macbeth sont, en miroir, une seule et même entité et que leurs actions, des meurtres de pères, résultent en premier lieu d'une frustration obsessionnelle liée à leur infertilité et à l'impossibilité d'avoir une vraie pérennité en engendrant une descendance.

René Richard Cyr, en entretien avec Le Devoir, déclare vouloir «mettre la soif de pouvoir à l'avant-scène», ajoutant: «Ma lecture est plus sociale et politique que psychologique.» Il a longtemps pensé à une transposition dans la Roumanie de Ceaucescu, animé par sa vision des images d'Elena Ceaucescu, vindicative jusque dans ses derniers instants, aux côtés du «Danube de la pensée» (son mari), nettement plus résigné. Il a finalement choisi un univers plus intemporel («cela ne se passera pas dans l'Écosse du Moyen Âge», dit-il), un univers où toutefois, lors du banquet du second acte, «on trinquera à la vodka russe plus qu'au champagne».

La présence des sorcières et celle du peuple, qui chante sa patrie opprimée et retourne la situation au 4e acte, représentent assurément deux défis de mise en scène. Pour les sorcières, le metteur en scène nous promet qu'elles ne seront «ni des ménagères comme au Met ni des sorcières». Même s'il reste sibyllin à ce sujet, on sent le potentiel d'une lecture assez sexualisée de ces personnages étranges. Quant au choeur, l'enjeu est, à travers lui, «de faire vivre un pays sous la coupe de ces tyrans».

On sent que René Richard Cyr est plus à l'aise dans cet univers musical que dans celui du Don Giovanni de Mozart et il se réjouit que les concepts aient captivé les partenaires australiens de l'OdeM.

Pour défendre Verdi et ce concept scénique, l'OdeM a engagé John Fanning et Michele Capalbo pour incarner le couple infernal. Fanning débute dans ce rôle, alors que Capalbo l'a chanté au Dayton Opera il y a un an. Le spectacle sera dirigé par Stephen Lord, l'ancien directeur musical du Boston Lyric Opera.

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MACBETH

Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi, sur un livret de Francesco Maria Piave d'après Shakespeare. Avec John Fanning (Macbeth), Michele Capalbo (lady Macbeth), Roger Honeywell (Macduff), Brian MacIntosh (Banco), Orchestre symphonique de Montréal, dir.: Stephen Lord. Mise en scène: René Richard Cyr. Salle Wilfrid-Pelletier, les 31 janvier, 4, 7, 9 et 12 février à 20 heures.