Chanson - Battante toujours

Louise Forestier est dotée d’une incroyable faculté de rebondissement.
Photo: Louise Forestier est dotée d’une incroyable faculté de rebondissement.

À 65 ans, on ne se refait pas. Indécrottable passionnée, Louise Forestier trépigne déjà à l'idée de remonter à l'arrière d'un bus pour faire la tournée du Québec. Ça, ce sera après avoir foulé la scène du National pour livrer Éphémère, fruit de sa première collaboration avec son fils Alexis. Un spectacle sous forme d'autoportrait et de rencontre mère-fils, arrivé comme un cadeau qu'on n'attendait plus.

Par hasard

L'éternelle battante étonnera toujours. Il y a cinq ans, on pensait que Forestier signait son dernier album avec Lumières. Puis, sans crier gare, elle rebondit l'été dernier avec Éphémère, concocté en sourdine avec Alexis Dufresne, arrangeur et musicien. Après 40 ans d'une carrière marquée par des pics et des creux de vague à vous donner le vertige, la pasionaria remet ça et s'offre une rencontre intime avec son fiston et la bande d'El Motor.

«Je n'ai jamais dit que c'était mon dernier disque, mais à mon âge, c'est comme ça, les gens sautent vite aux conclusions!», lance à la blague Louise Forestier.

Puis le spectacle est né un peu comme le disque, par hasard. Avec le succès du disque, qui lui a valu en novembre le prix de la Francophonie de l'Académie Charles-Cros, des producteurs la pressent de présenter Éphémère sur scène, et d'autres pièces de son répertoire remaniées façon El Motor. Une tournée à travers le Québec est déjà prévue jusqu'en 2010.

À l'âge où d'autres se retirent dans leurs condos en Floride, Forestier frétille comme une débutante à la seule idée de faire ses valises et de prendre la route, comme aux premiers jours. «Moi, je suis une vraie fille de groupe. La tournée, j'aime ça! Plus c'est loin, plus j'aime ça. On chante, puis on va prendre une bière après le show. Sauf qu'aujourd'hui, j'en prends juste une puis je vais me coucher!», dit-elle sourire en coin.

Sorte de femme Téflon, Louise Forestier est dotée d'une incroyable faculté de rebondissement. Portée aux nues toute jeune, figure phare de L'Osstidcho, première Marie-Jeanne de Starmania, celle qui vivait pour chanter déchante, marque un long silence, puis renaît en 1987 avec l'incroyable succès de La Passion selon Louise. «Je n'ai jamais eu de plan de carrière. Après Éphémère, j'avais dit: "On laisse les gens décider." Car avec les anciens chanteurs, le public a une relation d'amour. Il faut que l'amoureux ait le goût des retrouvailles pour revenir. Et là, l'amoureux nous a dit oui!», dit-elle.

Implacablement vraie

N'empêche que l'ex-serveuse automate a toujours les jetons avant de mettre le pied sur scène. «Même avec 40 ans de métier, on a toujours les mêmes vieilles bibittes», confie la Lyla Jasmin de Demain matin, Montréal m'attend.

Pourtant, à 65 ans, loin d'avoir mené une vie monastique, Forestier affiche des cordes vocales en acier inoxydable. Une voix totalement ancrée, immuable, sans fioritures et implacablement vraie. La même qui donnait des frissons dans Lindbergh, Le Cantic du Titanic et Pourquoi chanter.

«C'est une question de morphologie. J'ai fait des études en chant, ce qui m'a donné une technique. Mais dès le départ, je m'étais dit: "Moi, des problèmes de voix, j'en veux pas!" Les maniaques qui se mettent un foulard au cou chaque fois qu'ils mettent le nez dehors, ça m'a toujours tapé sur les nerfs!», décoche la chanteuse, au franc-parler inimitable.

Sur la scène du National, elle livrera les 11 titres d'Éphémère, accompagnés d'une dizaine de pièces de son répertoire qu'elle n'a d'ailleurs pas choisies. On y retrouvera des incontournables comme La Saisie, Lindbergh, mais pas Prince Arthur. «Ce sont les gars qui ont choisi les pièces, en décidant celles qui se prêtaient le mieux à leur musique. Ça donne un spectacle très simple et très sobre, mais très vrai», dit-elle.

Même si ses fidèles l'attendent toujours au tournant pour qu'elle livre les classiques qui lui collent à la peau, Forestier ne s'en lasse pas. «Je n'ai jamais eu de vrais hits comme Charlebois. Pas assez en tout cas pour être tannée de mes chansons, même des plus populaires», avoue-t-elle d'emblée.

Même Pourquoi chanter? «Surtout pas de celle-là. Je ne peux pas l'éviter. Cette chanson-là, c'est moi, c'est ma prière!», insiste l'insatiable passionnée. On lui a pris son piano, on ne lui prendra pas sa chanson, semble-t-elle nous dire. Parce que Forestier veut chanter encore et encore... pour le temps qu'il nous reste.

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Éphémère

Louise Forestier

Les 30 et 31 janvier au National

1220, rue Sainte-Catherine Est

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